« Je prenais une trace avant le service, cachée dans les toilettes », confie Antoine, 28 ans, ancien chef de rang dans un restaurant parisien étoilé. Comme lui, de nombreux professionnels de la restauration témoignent d'un usage massif de cocaïne dans le milieu. Selon une enquête menée par l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) auprès de 1 200 salariés du secteur, 40% des personnes interrogées admettent avoir consommé de la cocaïne au moins une fois au cours de leur carrière, et 15% en consomment régulièrement, soit plusieurs fois par semaine.
Un rythme de travail extrême favorisant la consommation
Les horaires décalés, la pression constante et la nécessité de rester performant poussent certains à se tourner vers la cocaïne. « C'est un métier où on court tout le temps, où on doit être au top de sa forme, explique Sarah, 32 ans, sommelière dans un grand hôtel. La coke permet de tenir le coup, de ne pas ressentir la fatigue. » Un constat partagé par le Dr. Marc Valleur, psychiatre spécialiste des addictions : « La restauration réunit tous les facteurs de risque : stress, horaires atypiques, culture de la performance et accès facile à l'argent liquide. »
Des conséquences sanitaires et professionnelles graves
L'usage de cocaïne n'est pas sans conséquences. « J'ai vu des collègues faire des burn-out, des crises d'angoisse, certains ont perdu leur emploi », témoigne Antoine, qui a lui-même suivi une cure de désintoxication. L'enquête de l'OFDT révèle que 25% des consommateurs réguliers ont déjà eu des problèmes de santé liés à leur consommation, et 18% ont été impliqués dans des accidents du travail. « La cocaïne altère le jugement et peut provoquer des comportements dangereux en cuisine ou en salle », ajoute le Dr. Valleur.
Un tabou persistant dans le milieu
Malgré l'ampleur du phénomène, le sujet reste tabou. « Personne n'en parle ouvertement, on fait comme si de rien n'était », déplore Sarah. Les employeurs ferment souvent les yeux, par peur de nuire à la réputation de l'établissement ou par manque de solutions. « Il y a une forme de tolérance implicite, tant que le travail est fait », confie un chef cuisinier ayant requis l'anonymat. L'OFDT préconise des actions de prévention et la mise en place de cellules d'écoute dans les entreprises du secteur.
Des initiatives pour endiguer le phénomène
Quelques restaurants commencent à prendre le problème à bras-le-corps. « Nous avons mis en place des formations sur les addictions et un accompagnement psychologique pour les salariés », explique le directeur d'un groupe de restauration parisien. Des associations comme « Les Toques Blanches » proposent également des lignes d'écoute. « Il faut briser le silence et offrir des alternatives à ceux qui souffrent », conclut Antoine, aujourd'hui reconverti dans la formation professionnelle.



