La légende d'une cité engloutie sous l'étang de Thau, qui a nourri l'imaginaire des pêcheurs et des habitants du bassin pendant des siècles, a été démystifiée par des recherches archéologiques. Au lieu d'une opulente cité antique, les plongeurs ont découvert un modeste hameau de l'âge de Bronze, datant de 3 000 ans, situé entre Mèze et Marseillan.
Une légende née d'un poème latin et de rumeurs de pêcheurs
Le récit de la cité engloutie remonte au IVe siècle, avec les écrits du poète latin Aviénus, qui évoquait une ville florissante à l'emplacement actuel de l'étang. Au fil des générations, les pêcheurs ont transmis la rumeur d'une ville engloutie par la colère des dieux ou une éruption du volcan d'Agde, le mont Saint-Loup. Par grand mistral, certains disaient entendre le son feutré d'un clocher sous les eaux, tandis que d'autres apercevaient des colonnes blanches, qu'ils associaient au temple de Polygium, la cité mythique.
L'explication scientifique est plus rationnelle : une source d'eau douce, la Vise, jaillit sous l'étang près de Balaruc-les-Bains, créant un courant blanchâtre en remontant. Quant au tintement des cloches, il est provoqué par le vent à la surface de l'eau.
3 000 heures de plongée pour explorer le bassin
Denis Fonquerle, pionnier de l'archéologie sous-marine, a mené la quête de cette Atlantide méditerranéenne. Dans les années 1970, il a fondé le Groupe de Recherches d'Archéologie Subaquatique et de Plongée (GRASP). Avec son équipe, il a accumulé 3 000 heures de plongée et cinq ans d'exploration du bassin de Thau.
Les recherches ont révélé des traces de vie humaine, mais pas de cité opulente. À deux mètres de profondeur, les archéologues ont mis au jour un hameau de trois cabanes sur pilotis, construites sur des pieux de chêne. Ces vestiges, vieux de 3 000 ans, ont été partiellement carbonisés, probablement par un incendie, avant d'être submergés par la montée des eaux. Ce site, nommé Montpénèdre, se trouvait entre Mèze et Marseillan.
Un paysage lagunaire différent à l'âge de Bronze
À l'époque néolithique, l'étang de Thau n'existait pas encore. La bande littorale entre Sète et Marseillan s'est formée après l'Antiquité, et le niveau de la mer était plus bas, faisant de Montpénèdre un village côtier. « Ce hameau habité faisait de l'artisanat et du commerce avec les villages alentour. On a retrouvé des traces d'élevage et de cultures », explique Marc Sauer, directeur adjoint du musée de l'Éphèbe et d'archéologie sous-marine d'Agde.
Les fouilles dans les 7 500 hectares de l'étang ont également livré des objets fastueux : amphores, lingots de plomb et blocs de marbre d'origine rhodienne, grecque ou étrusque. Ces découvertes ont alimenté la croyance en une cité riche, mais l'archéologue précise que « l'étang de Thau est le reliquat d'une lagune beaucoup plus grande qui s'étendait du delta du Rhône jusqu'à Narbonne. Par mauvais temps, certains bateaux de commerce entraient dans les graux et se faisaient piéger par des bancs de sable, puis sombraient avec leur marchandise ». Ainsi, la richesse des fonds de Thau s'explique par une histoire géologique, non par une cité engloutie.



