La controverse enfle au Cameroun autour de l'absence prolongée du président Paul Biya, âgé de 93 ans. Alors que cela fait 34 jours que le chef de l'État n'a pas été aperçu en public, le gouvernement a fermement démenti les rumeurs d'une « somnolence » au sommet de l'État, dans une déclaration qui n'a pas apaisé les inquiétudes.
Une absence qui interroge
Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, n'a plus été vu en public depuis le 12 juillet dernier, date à laquelle il avait présidé un conseil des ministres. Depuis, son agenda officiel est vide, et aucune apparition n'a été programmée. Les médias locaux, souvent prudents, ont commencé à évoquer des « vacances prolongées », tandis que l'opposition dénonce un « silence d'État ».
Le 26 juillet, un communiqué du ministère de la Communication a tenté de couper court aux rumeurs : « Il n'y a aucune somnolence au sommet de l'État », a déclaré le porte-parole du gouvernement, René Sadi. « Le président va bien et suit les affaires du pays depuis sa résidence », a-t-il ajouté, sans fournir de preuve visuelle ou de calendrier de retour.
Les spéculations sur l'état de santé
Malgré ces démentis, les spéculations sur l'état de santé du président persistent. Paul Biya, qui fêtera ses 94 ans en février 2027, est connu pour sa longévité politique, mais sa santé est un sujet tabou. En 2024, il avait déjà suscité l'inquiétude après une absence de deux semaines. Cette fois, la durée de l'absence et l'absence de communication officielle nourrissent les théories les plus diverses.
Sur les réseaux sociaux, des hashtags comme #OùEstBiya ou #Somnolence circulent abondamment. L'opposant Maurice Kamto a réclamé « une preuve de vie » du président, tandis que la société civile appelle à la transparence sur l'état de santé des dirigeants. « Le peuple camerounais a le droit de savoir si son président est en capacité d'exercer ses fonctions », a déclaré un porte-parole de l'ONG Transparency International Cameroun.
Un impact politique croissant
Cette absence prolongée intervient dans un contexte politique fragile. Le Cameroun fait face à plusieurs crises, notamment la guerre civile dans les régions anglophones et les attaques du groupe Boko Haram dans l'extrême-nord. Les critiques estiment que l'absence du président paralyse les décisions et alimente un sentiment d'incertitude.
« L'absence prolongée du président crée un vide politique dangereux », analyse le chercheur Achille Mbembe, spécialiste de l'Afrique. « Même si le gouvernement fonctionne en apparence, les centres de pouvoir informels prennent le relais, ce qui peut déstabiliser le pays ». Selon un sondage local, 62 % des Camerounais se disent préoccupés par l'absence du président, et 45 % estiment que cela affecte la gouvernance.
Les précédents historiques
Paul Biya n'est pas le premier dirigeant africain à voir sa santé devenir un sujet d'État. Plusieurs chefs d'État, comme le Gabonais Omar Bongo ou l'Angolais José Eduardo dos Santos, ont géré leur maladie dans l'opacité. « La culture du secret autour de la santé des dirigeants est une constante en Afrique centrale », souligne l'historienne Florence Bernault. « Mais avec la médiatisation croissante, les attentes de transparence augmentent ».
Le gouvernement camerounais pourrait être contraint de fournir davantage d'explications. Certains observateurs rappellent que l'article 6 de la Constitution prévoit une procédure en cas d'empêchement du président, mais celle-ci nécessite une constatation médicale officielle. « Nous n'en sommes pas là », a insisté le porte-parole. « Le président est actif et suit les dossiers ».
Vers une sortie de crise ?
Pour l'instant, aucune apparition publique n'est annoncée. Les proches du président affirment qu'il pourrait réapparaître dans les prochains jours, mais sans garantie. L'opposition prévoit des manifestations pacifiques pour exiger des éclaircissements. La communauté internationale, quant à elle, observe avec attention, sans intervenir directement.
La controverse autour de l'absence de Paul Biya illustre les défis de la gouvernance dans les régimes où la santé du dirigeant reste opaque. En attendant, les Camerounais oscillent entre inquiétude et habitude, face à un pouvoir qui semble parfois figé dans le temps. Le mot d'ordre du gouvernement, « aucune somnolence », peine à convaincre, et le compteur des jours d'absence continue de tourner.



