Dans « Le Triangle d’or », la réalisatrice Hélène Rosselet Ruiz plonge au cœur de l’ultra-richesse des familles du Golfe installées à Paris, mêlant critique sociale et alliance féministe. Le film suit Laura (Malou Khebizi), une jeune femme précaire qui devient employée de maison auprès de Souria (Soundos Mosbah), la compagne d’un riche prince saoudien (Kassem Al Khoja) vivant dans un hôtel particulier du triangle d’or parisien. Entre luxe démesuré et surveillance constante, un lien fragile se tisse, mais Laura pressent un danger qui pourrait les enfermer toutes les deux.
Une plongée dans l’ultra-richesse parisienne
Le film s’attache à décrire les codes d’un milieu où moins de 1 % de la population possède plus de 60 % des richesses mondiales, selon la réalisatrice. « L’envie était d’évoquer le rapport à cette extrême richesse, qu’elle soit du Golfe, américaine, russe, française ou indienne », explique Hélène Rosselet Ruiz. Le point de départ est personnel : « À un moment où j’avais besoin d’argent, j’ai été femme de ménage pour une famille saoudienne très aisée avenue Foch, à Paris. Ayant grandi dans la banlieue de la capitale, le fait d’arpenter ces rues et d’être confrontée directement à ce niveau de vie a été un déclic. »
Un propos féministe au cœur du huis clos
Au-delà du portrait des ultra-riches, le film développe un propos féministe en montrant l’alliance de deux femmes que tout oppose. « La richesse est organisée par un système capitaliste et patriarcal qui repose sur un pillage organisé du vivant : matières premières, énergie, trafic d’animaux sauvages, et bien sûr la force de travail et le corps des gens », dénonce la réalisatrice. L’actrice Malou Khebizi, révélation de « Diamant brut », abonde : « Il y a cette idée de possession, mais aussi de se créer des besoins superficiels. Personne n’a réellement besoin qu’on trie sa garde-robe par couleur et par matière. »
La genèse du film : une expérience personnelle
Hélène Rosselet Ruiz a puisé dans son vécu pour écrire ce premier long-métrage. « Pendant l’écriture, plusieurs éléments ont fait écho, notamment des affaires d’esclavage moderne », ajoute-t-elle. Le film se déroule dans une enclave du 16e arrondissement, avec ses propres codes, que la caméra explore avec une réalisation léchée. Malou Khebizi, qui interprète Laura, s’est documentée en lisant « Servir les riches » et « Les Fugitives », et en visionnant des films. « Ce milieu possède ses propres codes, sans grand rapport avec les boulots alimentaires que j’avais pu exercer », confie-t-elle.
Critique : un premier film prometteur
Avec une durée de 1h27, « Le Triangle d’or » offre une immersion dans un huis clos qui manque parfois de punch mais se rattrape par ses silences et sa réalisation sobre. La critique salue la prestation de Malou Khebizi et le regard neuf de la réalisatrice. Le film reçoit la note de 3/5, jugé prometteur pour une première œuvre.



