Ce samedi 19 septembre 2026, à 9h30, trente patients atteints ou en rémission d'un cancer et leurs aidants sont partis du Bastion de Menton pour un raid à vélo de 715 kilomètres jusqu'à Perpignan. Organisé par l'association La Tête et les Jambes, créée par l'Institut de Communication et d'Information sur le Cancer (ICIC), ce défi baptisé « Faut pas crever » se déroule en douze étapes à travers six départements, le long du littoral méditerranéen, reliant symboliquement les frontières italienne et espagnole.
Un défi avant tout humain, plus que sportif
Le Dr Stephen Ellis, oncologue et président de l'ICIC, précise que l'objectif n'est pas la performance. « Ce n'est pas réellement un défi sportif : nous ne recherchons pas l'exploit. C'est avant tout une aventure humaine », explique-t-il. Certains participants pratiquaient déjà le vélo, d'autres souhaitaient simplement s'adonner à une activité physique adaptée. Ils s'entraînent ensemble depuis plus de six mois, et la cohésion du groupe est, selon le médecin, « extraordinaire ». Entre 50 et 70 kilomètres sont prévus chaque jour, chacun avançant à son rythme.
L'idée du parcours est née il y a un an, lorsqu'une patiente et son mari ont proposé de reprendre un itinéraire entre Menton et Perpignan. Pour le Dr Ellis, cette traversée a immédiatement trouvé un écho : la frontière italienne symbolise l'entrée dans la maladie, la frontière espagnole une forme de sortie ou de libération, tandis que les côtes et les difficultés du parcours représentent les traitements et les moments difficiles.
Retrouver confiance en son corps après la maladie
Le Dr Ellis souligne l'importance de l'activité physique dans le parcours de soins. « La survenue d'un cancer peut être vécue comme une trahison de son propre corps : on se demande pourquoi il nous fait ça. L'activité physique permet alors de retrouver confiance et de se prouver à soi-même qu'on est encore capable de réaliser certaines choses », affirme-t-il. Il insiste également sur la nécessité d'intégrer d'autres activités dans l'agenda du patient, rythmé par les consultations, les examens et les traitements : « Les soins de support permettent de remettre autre chose dans cet agenda : du sport, du yoga, des projets. Et cela ne doit pas s'arrêter à la fin des traitements. »
Myriam Gallet, l'une des participantes, témoigne de son parcours. Hospitalisée en urgence avec un pronostic vital engagé après un appel de son médecin, elle a connu « une grosse année d'hospitalisation et de chimiothérapie », suivie de deux années supplémentaires de traitements. Pour elle, ce défi est bien plus qu'une distance à parcourir : « Cela nous permet de nous dire que la maladie ne va pas nous vaincre. Nous sommes là pour vivre et nous sommes capables de monter des projets comme celui-ci. »
Une « oncologie humaniste » au cœur du projet
Le Dr Ellis défend une approche qu'il qualifie d'« oncologie humaniste ». « La médecine a énormément progressé en s'intéressant à l'organe malade, aux cellules et aux molécules. C'est indispensable. Mais nous avons parfois sorti le patient lui-même de notre focale. Derrière l'organe malade, il y a une personne qui traverse une épreuve », explique-t-il. Avec l'association La Tête et les Jambes, il souhaite élargir le regard porté sur le patient : « Nous voulons nous occuper autant du corps que de l'esprit, de la chair que des sentiments. »
À l'arrivée à Perpignan, après les douze étapes, le médecin espère que les participants auront pris conscience de leurs ressources et que cette expérience s'inscrira dans la durée. « J'espère qu'ils retrouveront une confiance en eux et en leur corps, mais aussi des projets d'avenir. Je suis persuadé que cette expérience va s'inscrire dans le temps long et continuer à les accompagner, peut-être toute leur vie », confie-t-il. Myriam Gallet conclut : « Certains diront même : “Merci au cancer de nous permettre de vivre des choses que nous n'aurions jamais imaginé vivre.” »
Le raid est à suivre sur les réseaux sociaux, via Instagram (@fautpascrever) et Facebook (@Fautpascrever). Il est également possible de soutenir financièrement le projet et la recherche contre le cancer via la plateforme Leetchi.



