Les vols de carburant sur les poids lourds se multiplient en Occitanie, causant des préjudices financiers considérables aux transporteurs. Selon la déléguée régionale de la Fédération nationale des transports routiers (FNTR), Céline Guirao, « financièrement, c’est terrible. Au vu des prix du carburant qui ne font qu’augmenter, c’est un fléau ».
Un préjudice pouvant atteindre 1 912 euros par réservoir
Les réservoirs des poids lourds ont une capacité allant de 300 à 800 litres. Avec un prix moyen du gazole à 2,39 euros le litre, un réservoir vidé représente une perte comprise entre 717 et 1 912 euros. « On est des vaches à lait, ça, vous pouvez l’écrire ! Comme les particuliers, comme tout le monde », s’indigne Christophe Charlon, coprésident de la FNTR Occitanie et gérant de sa société de transports.
Les méthodes des voleurs sont de plus en plus sophistiquées. Certains utilisent des pompes installées dans leur véhicule, d’autres des jerricans et des tuyaux de jardin revisités. « En fait, ils font toute la route en passant d’aire en aire », raconte Céline Guirao. Le capitaine Daumas, de l’escadron départemental de contrôle des flux de l’Aude, précise que certains revendent le carburant volé « à des chauffeurs indélicats, à moitié prix ».
Des solutions limitées face à des voleurs ingénieux
Se garer dans des parkings sécurisés est payant et rare. Placer des bouchons sécurisés expose au perçage de la cuve à la pioche. Remplir le réservoir au minimum est difficile pour des véhicules consommant entre 28 et 40 litres aux 100 km. Christophe Charlon explique : « Quand on met des systèmes antivol sur les véhicules, généralement, on se fait dégrader le réservoir, voire on se le fait percer avec une pioche. » Il ajoute que « les réparations peuvent coûter très cher. Donc aujourd’hui, il y a même des transporteurs qui font le choix de ne plus avoir de système anti-siphonnage pour éviter de se faire casser le réservoir ».
Pour tracer le carburant volé, Christophe Charlon propose une parade : « ajouter des colorants fluorescents ». Il précise : « En plus, ça complique la revente. Et le gars qui va vouloir voler même un petit bidon, il va repartir avec les mains noires, avec les mains rose fluo, et puis c’est un produit qui ne part pas. »
Des parkings sécurisés, une réponse partielle
Vinci dispose de cinq parkings sécurisés sur les autoroutes A46, A7, A63 et A9. Sur l’A9, au niveau de Lunel, « il est très surveillé », assure Laurent Noé, responsable de la communication chez Vinci. L’espace est équipé de barrières à l’entrée et à la sortie, ainsi que d’un système de vidéosurveillance. « On n’y entre pas comme dans un moulin, ce qui fait que les trafiquants sont vite dissuadés d’y aller », ajoute-t-il. Les deux heures de stationnement y sont facturées 2,17 euros.
Laurent Noé indique que Vinci est en contact avec le capitaine Daumas et signale régulièrement les vols de carburant sur ces axes. « On est en collaboration avec les enquêteurs, ils peuvent se tourner vers nous pour avoir des renseignements. C’est vraiment tous ensemble qu’on peut éventuellement parer ce phénomène », conclut-il.
Christophe Charlon insiste sur la responsabilité de l’État : « On paie déjà l’autoroute. En plus, il faut qu’on paie des parkings sécurisés si on veut être sûr de ne pas se faire voler. » Il ajoute : « L’État français pourrait faire un effort. Il y a zéro écoute, il y a zéro entente ! »



