Après les incendies de l'été 2026 dans le Var, la question de l'herbe laissée entre les rangées de vignes suscite un débat. À Pontevès, le feu du Gros Bessillon, en juillet 2026, a traversé des parcelles agricoles, profitant d'un combustible supplémentaire. Une vigneronne et un député européen, ancien pompier, expriment des avis divergents.
Le témoignage d'une vigneronne touchée
Lucie Moutonnet, vigneronne à Pontevès, a vu son domaine assailli par les flammes le 21 juillet 2026. « De petites brindilles ont sauté, ça a pris dans les vignes, couru le long des rangées et ça s'est propagé », raconte-t-elle. Sur les 18 hectares de son domaine, 11 sont « plus ou moins touchés » et 100 % des raisins ont été au contact des fumées. Le bilan reste provisoire en septembre.
Interrogée sur le rôle de l'herbe dans la propagation, elle reconnaît : « Il est certain que c'est un sujet, ça crée du doute. » Elle explique que la luzerne semée entre les rangs, normalement verte en été, est devenue « comme une paille » à cause de la chaleur. Tondue et laissée au sol, elle a servi de paillage, mais aussi de combustible. D'ordinaire, ce couvert végétal aide à tempérer les parcelles : « Les herbes enlèvent 5 °C en température du sol, ce sont des mesures agro-environnementales reconnues. »
La critique d'un député européen
Grégory Allione, député européen (groupe Renew) et ancien pompier professionnel dans le Var, a critiqué en juillet 2026 le principe de l'enherbement. Il évoque « une confrontation entre le code de l'urbanisme, le code de l'environnement, et toutes les règles qu'on impose à nos agriculteurs ». Présent au poste de commandement des pompiers à Pontevès, il s'alarmait : « Les vignes étaient un refuge ! Dorénavant, elles n'arrêtent plus le feu. Donc, il faut se poser de vraies questions. »
Il visait spécifiquement « ceux qui font les lois qui empêchent de lever l'herbe, les lois qui empêchent d'utiliser certains pesticides ». Pour lui, la déprise agricole aggrave la situation : « Là où il y a de la déprise agricole, là où on laisse aller la végétation, on ne maîtrise plus nos feux. »
Entre protection du sol et risque incendie
Lucie Moutonnet défend les atouts du couvert végétal : « Nous sommes confrontés à des problèmes récurrents de sols secs et peu chargés en matière organique. En cela, le sol couvert est plus favorable. » Mais elle doit désormais tout remettre à plat. « La question technique qui se pose à nous est la suivante : À quel problème cherchons-nous une solution ? Si le vrai problème est le changement climatique ? Ou si on veut arrêter l'incendie ? »
Elle envisage de modifier ses pratiques, en alternant « un rang semé avec un rang nu, et l'année suivante, inverser ». Elle fera aussi attention à la croissance des herbes sous le rang, trop hautes cette année, et pourrait revoir son choix d'essence végétale. Selon les circonstances, elle pourrait « la retourner », quitte à perdre l'effet de protection du sol. Elle rappelle que la résistance au feu dépend aussi de l'environnement : « Il n'y avait pas que de la propagation au sol, loin de là. Les flammes ont fait des bonds de 200 à 300 mètres. »



