Vendanges précoces dans le Golfe de Saint-Tropez : le désarroi des vignerons
Vendanges précoces : le désarroi des vignerons du Golfe

Les vendanges dans le Golfe de Saint-Tropez débuteront aux alentours du 10 août, soit une semaine plus tôt qu'en 2025 et quinze jours plus tôt qu'en 2024. Cette précocité, due aux aléas climatiques du premier semestre 2026, inquiète les professionnels qui constatent une dégradation de la qualité de leurs vignes et une baisse des rendements. Certains se tournent vers l'intelligence artificielle pour tenter de s'adapter.

Un calendrier bouleversé

« Si cette situation continue, je ne sais pas comment on fera », confie Stéphanie Valentin, propriétaire du Château des Garcinières à Cogolin, alors que la sécheresse s'éternise. Depuis les dernières pluies de mai, le domaine compte 80 jours sans précipitations. Les premières récoltes dans le Golfe sont prévues « autour du 10 août », estime Frédéric Schaeffer, directeur des Maîtres vignerons de la presqu'île de Saint-Tropez. Ce groupement travaille avec une dizaine de propriétés viticoles, dont cinq à Ramatuelle, Gassin et La Môle.

Toutes ont dû réorganiser leur emploi du temps. « En général, les vignerons prennent des vacances avant les récoltes et accordent des congés à leur personnel aux alentours de fin juillet, début août, rappelle Frédéric Schaeffer. Donc ce décalage est contraignant pour tout le monde. »

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Chaleur et manque d'eau : une combinaison néfaste

Cette anticipation est devenue habituelle. Les hivers plus chauds et la multiplication des canicules estivales poussent les grappes à sortir plus tôt. « Sans compter le manque d'eau », insiste le directeur. « Lorsqu'il y a peu de pluie, les raisins produisent moins de jus, ce qui augmente le taux de concentration, de sucre et donc d'alcool, résume-t-il. On sait le traiter en les assemblant avec des récoltes plus tardives, mais c'est assez complexe. »

Camille Coste, propriétaire du Mas de Pampelonne, s'inquiète : « Le problème, c'est que les raisins semblent déjà être mûrs, mais n'ont pas toutes les qualités requises. » La maturité est jugée par la couleur, mais aussi par les degrés de sucre et d'acidité. Or, ces derniers indiquent un manque de maturité difficile à atteindre. « Les vignes sont en stress hydrique. Elles se sont refermées sur elles-mêmes pour se protéger de la sécheresse et ne peuvent plus rien donner car il n'y a plus d'eau », explique Alain Donadio, du domaine du cap Saint-Pierre.

Des rendements en chute

Au domaine tropézien du cap Saint-Pierre, Alain Donadio observe des « cépages précoces et des raisins très petits ». Il prévoit des pertes de rendement : « Certaines parcelles vont perdre 25 % de leur rendement habituel cette année, c'est sûr. » Face à cette situation, les solutions manquent. « On ne peut pas irriguer et très peu d'options s'offrent à nous pour le moment », avance-t-il.

Stéphanie Valentin espère un orage salvateur : « On est obligé d'attendre la pluie pour que les vignes soient arrosées. Ça pourrait tout changer. » Camille Coste envisage de revenir à des méthodes traditionnelles comme la taille en gobelet, qui laisse le feuillage retomber pour abriter les grappes du soleil. Mais ce type de taille augmente le risque de maladies liées à l'humidité. « Si ça continue, je changerai peut-être d'exploitation en passant aux bananiers ! », plaisante-t-elle, à moitié.

L'IA comme alliée

Pour mieux gérer la production, Pierre Schaeffer propose aux membres des Maîtres Vignerons un outil basé sur l'intelligence artificielle. Deux logiciels, Oenopilot et Maturis, ont été développés par Florian Lacroux, référent vin du groupement. Le premier perfectionne les assemblages de cuves, le second contrôle l'état et les besoins du vignoble. « On a une cartographie complète de toutes nos parcelles, avec une fiche d'identité, décrit Pierre Schaeffer. Surface, informations de maturité, niveau de la végétation, taux d'humidité, tout est renseigné. »

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Combinées aux observations des viticulteurs, ces données sont analysées par l'IA pour les accompagner. « On sait avec précision quels intrants utiliser, en quelle quantité, et précisément quand effectuer les vendanges », résume le directeur. Lancées en 2025, les applications ont été perfectionnées. « Cette automatisation offre un réel gain de temps et d'argent. Sans parler des avantages en matière d'écologie », souligne-t-il. Malgré ces innovations, les professionnels restent inquiets pour l'avenir de leur activité face aux enjeux climatiques.