Une nouvelle stratégie judiciaire
Les procureurs de la République de Gironde et des Landes ont annoncé ce mercredi une série de mesures pour renforcer la lutte préventive contre les feux de forêt. Face à la recrudescence des incendies ces dernières années, en particulier lors de l'été 2022 où plus de 20 000 hectares ont brûlé dans la région, la justice entend jouer un rôle plus actif en amont.
Selon le parquet de Bordeaux, les enquêtes pour "destruction par incendie" ont augmenté de 40 % en 2023 par rapport à l'année précédente. Les magistrats souhaitent désormais multiplier les poursuites pour négligence ou imprudence, même en l'absence de dégâts majeurs. Cette approche vise à responsabiliser chaque citoyen face aux risques d'incendie, notamment pendant les périodes de sécheresse où les départs de feu sont plus fréquents.
Des peines plus dissuasives
Les procureurs plaident pour des sanctions plus lourdes, allant jusqu'à plusieurs années d'emprisonnement, contre les auteurs de feux involontaires. "Nous devons faire comprendre que chaque geste irresponsable peut avoir des conséquences dramatiques", a déclaré le procureur de Mont-de-Marsan, Olivier Janson, cité dans un communiqué. Les amendes pourraient également être majorées, atteignant jusqu'à 150 000 euros dans les cas les plus graves.
La coordination entre les services de secours et la justice est également renforcée. Des protocoles ont été signés pour que les pompiers transmettent plus rapidement les preuves aux enquêteurs. Désormais, chaque intervention sur un départ de feu fera l'objet d'une évaluation systématique pour déterminer s'il y a des éléments suspects nécessitant une enquête judiciaire. Cette mesure devrait permettre de doubler le nombre de procédures engagées d'ici l'année prochaine.
Un volet préventif
Au-delà de la répression, les parquets misent sur la prévention. Des campagnes de sensibilisation seront menées dans les écoles et auprès des agriculteurs, principales sources de départs de feu. Les procureurs espèrent ainsi réduire le nombre d'incendies avant qu'ils ne se déclarent. "Il est essentiel de changer les comportements, car 9 incendies sur 10 sont d'origine humaine", rappelle un représentant de l'Office national des forêts (ONF) cité dans le dossier de presse.
Les parquets ont également prévu de renforcer les patrouilles conjointes avec les gendarmes pendant les périodes à risque, notamment lors des épisodes caniculaires. Des postes de contrôle mobiles seront installés pour rappeler les règles en vigueur, comme l'interdiction d'utiliser du matériel susceptible de provoquer des étincelles à proximité des massifs forestiers.
Un bilan humain et économique
Les incendies de 2022 ont détruit plus de 30 000 hectares en Nouvelle-Aquitaine, selon les données de la préfecture. Le coût pour les collectivités s'élève à plusieurs millions d'euros, sans compter les pertes écologiques et touristiques. Les procureurs estiment que la répression doit être à la hauteur des enjeux. "Chaque année, des centaines de départs de feu sont évités de justesse grâce à la rapidité d'intervention, mais il faut aussi dissuader les comportements négligents", explique le commandant des pompiers de la Gironde, le lieutenant-colonel Marc Vermorel.
Les mesures annoncées s'inscrivent dans un plan plus large de lutte contre les feux de forêt, qui inclut le déploiement de moyens aériens supplémentaires et la création de zones de coupe-feu. Les procureurs espèrent que ces efforts conjugués permettront de réduire de moitié le nombre d'incendies dans les deux départements d'ici 2025.
Une coopération interdépartementale
Les deux départements ont décidé de mutualiser leurs moyens d'enquête pour faire face à l'augmentation des cas. Un groupe d'enquêteurs spécialisés, composé de gendarmes et de policiers, sera créé pour traiter les dossiers les plus complexes. "Nous devons être en mesure de répondre rapidement et efficacement à toute suspicion d'acte criminel", insiste le procureur de Bordeaux, Frédérique Porterie.
Cette initiative intervient alors que les prévisions météorologiques annoncent un été sec et chaud, propice aux feux. Les autorités appellent à la vigilance de tous. Les procureurs rappellent que les peines encourues pour incendie involontaire peuvent aller jusqu'à 10 ans d'emprisonnement et 150 000 euros d'amende en cas de circonstances aggravantes. La prévention et la répression sont désormais les deux piliers de la stratégie judiciaire pour protéger les forêts de la région.



