CRS : moins de 5 % de femmes, un corps encore très masculin
CRS : moins de 5 % de femmes, un corps très masculin

En 2024, les femmes représentaient moins de 5 % des effectifs du corps d'encadrement et d'application affectés en CRS, selon le ministère de l'Intérieur. Cette sous-représentation persiste malgré une ouverture progressive depuis 2009, date de l'arrivée de la première femme en unité de maintien de l'ordre.

Une intégration récente et encore limitée

« L'arrivée de la première femme affectée en unité de maintien de l'ordre date de 2009 », expliquait Pascale Dubois, directrice des CRS, dans une interview publiée sur le site du ministère. Auparavant, les femmes n'intégraient que les compagnies autoroutières. Aujourd'hui, les lignes bougent, mais les femmes sont encore confrontées à de nombreuses contraintes liées à leur genre.

Plusieurs facteurs expliquent ce manque criant de parité, selon Linda Kebbab, secrétaire nationale du syndicat de police Unité. Le premier concerne la mobilité des CRS. « La société fait encore peser les obligations familiales et conjugales sur les épaules des femmes, regrette la syndicaliste, ce sont donc les premières à sacrifier leur carrière, notamment celles qui exigent de s'absenter du domicile pendant plusieurs semaines. » Dans la police, les femmes occupent majoritairement des postes de policiers adjoints, « une fonction précaire, payée au smic, mais qui ne demande aucune mobilité », explique Linda Kebbab.

Un environnement « ultramasculin » et des contraintes physiques

Si elles s'affranchissent de cette première contrainte, les femmes sont ensuite confrontées à un milieu « ultramasculin » et à une « culture de la crainte ». « Toutes ne sont pas à l'aise pour évoluer dans un métier composé essentiellement d'hommes », ajoute la représentante syndicale. Pendant longtemps, les cantonnements n'étaient d'ailleurs « pas adaptés pour accueillir les deux genres », retrace-t-elle. C'est seulement « un peu avant le Covid » que les quelques femmes présentes dans la profession ont pu bénéficier de chambres individuelles « avant que tout soit individualisé pendant la pandémie », explique Linda Kebbab.

Ces dernières années, « la direction centrale des CRS a fait des efforts pour intégrer les femmes en réorganisant les cantonnements ou en facilitant le transport de leurs équipements, mesure la policière, mais même lorsqu'elles sont sportives, les femmes ne peuvent pas toujours tenir sur la longueur avec un équipement de 60 kg sur le dos ».

Des équipements inadaptés et des conséquences sur la santé

Cette contrainte physique est accentuée par les équipements, peu adaptés au corps féminin. « Quand vous faites un service de 15 heures et que vous êtes un homme, vous urinez dans un coin, mais pour les femmes, c'est la galère, la tenue n'est pas adaptée à la morphologie féminine. » La syndicaliste raconte que plusieurs femmes CRS s'empêchent de boire pour éviter d'avoir une envie pressante, résultat, « beaucoup ont des problèmes de reins ».

Des efforts récents et des perspectives

Pour contrer ces inégalités, la police nationale exploite de plus en plus les qualités « intellectuelles, cognitives ou stratégiques » des membres féminins, complète Linda Kebbab : « C'est pour cette raison que l'on retrouve plutôt des femmes dans les commandements. » En 2024, « plus de 300 femmes exerçaient en compagnie de maintien de l'ordre », affirmait Pascale Dubois qui soulignait leur « travail de grande qualité ». Pour atteindre la parité, il faudra encore attendre une bonne paire d'années.