À deux semaines de la visite apostolique du pape Léon XIV, prévue du 25 au 28 septembre 2026, l'Église catholique de France présente un visage contrasté : les baptêmes de jeunes adultes et d'adolescents augmentent depuis cinq ans, mais la pratique religieuse continue de s'effondrer. Selon une étude Ifop pour La Croix publiée en décembre 2025, seuls 5 % des Français assistent à la messe chaque dimanche, et 46 % se déclarent catholiques, contre 85 % au début des années 1960.
Une embellie des baptêmes jugée trompeuse par les experts
Les baptêmes de jeunes adultes et d'adolescents sont en hausse en France : +28 % pour les adultes et +10 % pour les adolescents en 2026, portant le nombre total de catéchumènes à 21.386. Jean-Marc Aveline, chef de l'épiscopat français, a déclaré : « Au Vatican, on se demande “mais comment ça se fait qu'il y a tant de jeunes adultes qui découvrent la foi, qu'est-ce qui se passe chez eux ?” » Cette dynamique intrigue jusqu'au pape, qui rencontrera des catéchumènes et des néophytes le 26 septembre à l'Institut catholique de Paris.
Olivier de Germay, archevêque de Lyon, avait expliqué en mars : « Il y a une dizaine d'années, les religions semblaient un peu “has been”, mais il y a aujourd'hui une soif de spiritualité qui apparaît. » Charles Mercier, directeur d'études à l'École pratique des hautes études, souligne que « l'affinité de la génération Z avec les croyances métaphysiques est quelque chose qui est documenté au-delà de la France », notamment aux États-Unis.
Des indicateurs traditionnels au plus bas
Malgré cette embellie, presque tous les indicateurs traditionnels de l'Église sont au rouge. Les baptêmes de bébés ont chuté à 150.000 en 2024, contre 380.000 en 2000. Les mariages religieux sont passés de 122.000 en l'an 2000 à 40.000 en 2023. Seuls 84 prêtres ont été ordonnés cette année. L'Église a également vu son image écornée par les révélations de violences sexuelles en son sein, estimées à 330.000 victimes mineures depuis 1950 selon un rapport de 2021.
François Mabille, directeur de l'Observatoire géopolitique du religieux, résume : « Il n'y a pas d'embellie. » Selon lui, l'afflux de catéchumènes traduit plutôt « le passage d'un catholicisme de transmission à un catholicisme d'adhésion », les jeunes élevés loin de la religion décidant eux-mêmes de leur cheminement spirituel.
Un « catholicisme pluriel » et des pratiques en mutation
François Mabille, qui prépare un ouvrage sur le « catholicisme pluriel de France », souligne la diversité de l'Église, entre profils traditionnels et populations immigrées « qui vivent leur catholicisme de manière différente ». Cette dynamique s'affiche dans les églises des quartiers populaires, où la diversité ethnique s'accompagne d'un regain du dialogue entre religions.
Martin Dumont, secrétaire général de l'Institut de recherche pour l'étude des religions, note : « On n'a plus forcément la pratique du dimanche, mais de grands moments qui attirent, notamment les jeunes, comme le pèlerinage de Chartres, celui du Frat (pour les lycéens et collégiens) ou les JMJ (Journées mondiales de la jeunesse). » Il évoque aussi « des signaux de faible intensité sur le renouveau de certaines dévotions, comme le chapelet, peut-être une augmentation des confessions… » Mais, dit-il, « c'est un renouveau que, pour le moment, on a du mal à quantifier ». Dans un pays attaché à la laïcité, où l'islam est devenu la deuxième religion et les évangéliques un culte en pleine croissance, le défi de la modernité s'accompagne d'une mutation des pratiques.



