Dans son nouvel ouvrage Romain et Jean (Grasset, 23 €), la romancière et biographe Myriam Anissimov affirme que la mort de l'actrice Jean Seberg, survenue à Paris en 1979, n'était ni un suicide ni une mort naturelle. Elle s'appuie sur des dossiers d'enquêtes judiciaires inédits auxquels elle a eu accès, et sur des éléments troublants comme un taux d'alcoolémie de 7,9 g, jugé hors norme par les experts.
Une enquête basée sur des sources inédites
Myriam Anissimov, qui a également rencontré le magistrat chargé de l'affaire, explique à Midi Libre : « Après la mort de Gary, Me Georges Kiejman, son exécuteur testamentaire, m'avait donné l'accès aux dossiers des enquêtes judiciaires menées sur la mort de Jean Seberg ». Ces documents ont permis à l'autrice de formuler des hypothèses nouvelles sur les circonstances du décès de l'actrice, retrouvée morte à 40 ans.
Pour elle, « ce n'est ni une mort de cause naturelle, ni un acte volontaire. Jean Seberg n'a pas pu boire autant d'alcool, prendre des barbituriques, marcher jusqu'à sa voiture, la conduire sans lunette et s'y enrouler elle-même ensuite dans une couverture ». Cette conviction repose sur des incohérences relevées dans le déroulement des faits.
Un couple mythique et orageux
Le livre revient sur la rencontre entre Jean Seberg et Romain Gary, deux étoiles au destin tragique. L'actrice, choisie parmi 18 000 candidates par Otto Preminger pour incarner Jeanne d'Arc en 1957, était alors une jeune lycéenne américaine. Romain Gary, compagnon de la Libération, prix Goncourt et consul de France à Los Angeles, menait une vie amoureuse agitée, comme le raconte Myriam Anissimov.
Leur passion, marquée par la naissance d'un enfant et un mariage tenu secret, était intense mais orageuse. L'autrice évoque notamment un épisode où Gary, jaloux après une liaison publique de Jean avec Clint Eastwood, aurait provoqué l'acteur en duel à 5 h du matin. Eastwood aurait refusé, déclarant : « Ça ne va pas, j'en veux pas, de ta femme ! »
Une spirale de déchéance et des questions sans réponse
Après la séparation du couple, Jean Seberg s'est engagée auprès du Black Panther Party, à qui elle donnait de l'argent pour acheter des armes, avant d'être victime de calomnies du FBI. Sa carrière aux États-Unis s'est effondrée, et elle a sombré dans l'alcool et la dépression, effectuant des séjours psychiatriques.
Peu avant sa mort, elle fréquentait un homme décrit comme « une sorte de gigolo qui la battait », sur qui les soupçons judiciaires se sont focalisés sans résultat. Le juge d'instruction a confié à Myriam Anissimov qu'« avec les moyens de l'époque, on n'avait pas pu le confondre ». L'autrice souligne aussi l'énigme du taux d'alcoolémie : « à minuit elle parle avec une médecin qui est en train d'acheter son appartement, et qui ne détecte aucun signe d'ivresse, alors que le suspect dit qu'elle a disparu d'elle-même vers 5 h du matin ».
Un héritage intact
Myriam Anissimov, âgée de 83 ans, avait rencontré Romain Gary en 1977 sur le plateau de l'émission Aujourd'hui Madame. Elle le décrit comme un homme « très malade psychiquement, dépressif », mais aussi fascinant. Près de cinquante ans après, elle estime que « Gary est maintenant dans la Pléiade, le seul à avoir eu deux fois le Goncourt et Jean Seberg est devenue un mythe avec À bout de souffle ». En 2026, le film Nouvelle Vague, qui raconte la création de cette œuvre-clé de Jean-Luc Godard, a obtenu quatre Césars.



