Tout cramer, puis accuser les pyromanes : la stratégie du déni
Tout cramer, puis accuser les pyromanes : le déni

Alors que les mégafeux dévorent des milliers d’hectares chaque été, le refrain est entendu : « Tout cramer, puis mettre ça sur le dos des pyromanes. » La formule cynique résume à elle seule la stratégie de certains responsables politiques. Face aux flammes, on cherche un coupable immédiat plutôt que de s’interroger sur le rôle du dérèglement climatique dans l’embrasement du territoire.

Le pyromane, un bouc émissaire commode

L’arrestation de suspects lors des incendies de l’été 2022 a conforté l’idée d’une main criminelle derrière chaque départ de feu. Plus de 60 000 hectares avaient alors brûlé en France, un record. Mais cette vision individuelle du mal occulte une réalité plus complexe. D’après les données officielles, la grande majorité des départs de feu résulte d’activités humaines non intentionnelles : débroussaillage, travaux, mégots, ou encore des causes naturelles comme la foudre. Ériger le pyromane en figure unique du fléau revient à se dispenser d’une remise en question plus profonde.

La responsabilité du changement climatique

Les experts du GIEC sont formels : le réchauffement rend les végétaux plus secs et allonge la saison des feux. Chaque demi-degré supplémentaire augmente l’ampleur des surfaces brûlées. En Occitanie comme en Gironde, les forêts deviennent de véritables poudrières. Continuer à désigner des individus isolés permet surtout d’éviter de parler des émissions de gaz à effet de serre et des politiques d’aménagement qui ont laissé les forêts s’étendre sans qu’aucune mesure de prévention ne suive.

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Des solutions structurelles ignorées

La prévention des incendies ne passe pas seulement par la surveillance et la répression. Elle exige un entretien régulier des espaces forestiers, des coupe-feu, des zones ouvertes pour l’élevage, et une politique foncière limitant l’urbanisation dans les zones à risque. Les pays méditerranéens l’ont compris en développant des programmes de brûlage dirigé et en favorisant le pastoralisme. La France, elle, continue souvent de sous-investir dans ces outils, tout en dépensant toujours plus pour éteindre les feux.

Plutôt que de chercher des coupables, il faut agir sur les causes. La vraie question n’est pas de savoir qui allume, mais pourquoi le feu se propage avec une telle violence. Tant que cette interrogation sera éludée, les mégafeux deviendront la nouvelle normalité.

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