Le 1er août 2026, le romancier Serge Joncour fait part, dans les pages « Idées » du Monde, d'une conviction intime : l'été a perdu sa légèreté. Dès le titre de sa tribune, il assène le constat : « L'été n'a plus rien de léger ». Plus loin, il ajoute que « quelque chose a changé » et que l'été « nous a été volé ». L'écrivain, connu pour son attachement aux saisons et aux territoires ruraux, ne se contente pas d'une simple nostalgie météorologique.
Auteur de Nature humaine, prix Interallié 2020, Serge Joncour a fait des questions climatiques et paysagères une matière romanesque. Dans sa tribune, il prolonge cette réflexion sur un mode plus personnel. Ce qu'il décrit tient d'une sensation partagée par beaucoup : les étés de l'enfance, ces longs jours suspendus où le temps semblait se dilater, appartiennent-ils à un monde révolu ? La saison estivale, désormais placée sous le signe de l'incertitude, n'offre plus la parenthèse heureuse que l'on attendait. Entre canicules à répétition, feux de forêt et sécheresses, l'été 2026 s'annonce comme un point de bascule.
Un été sous tension
La tribune prend acte d'un basculement. Les grandes vacances, jadis consacrées aux baignades improvisées et aux repas dehors, riment maintenant avec alertes à la canicule, restrictions d'eau et vigilance maximale. Serge Joncour n'énumère pas des chiffres ; il exprime un ressenti. Mais l'arrière-plan est là, en creux : chaque épisode de chaleur extrême mesure l'ampleur de ce qui se joue.
L'écrivain ne se fait pas prophète de malheur. Il observe, il ressent, il écrit. Sa plume restitue l'étrangeté d'un été où le soleil pèse plus qu'il ne rayonne. Ce qui était source de joie devient motif d'inquiétude : la lumière elle-même semble chargée d'une menace sourde. Les après-midi écrasées, les nuits tièdes sans répit, les paysages jaunis : autant d'images qui traversent son texte.
La fin d'une innocence saisonnière
« Quelque chose a changé », insiste Serge Joncour. Cette formule, reprise en refrain, n'est pas une simple figure de rhétorique. Elle dit la prise de conscience d'une génération, celle qui a connu un avant et un après. L'été n'est plus ce temps immobile que la littérature et la chanson célébraient. Il est devenu le révélateur de nos fragilités, le miroir de nos inquiétudes contemporaines.
Dans ce texte d'idées, le romancier croise expérience personnelle et réflexion collective. Il évoque des souvenirs d'adolescence, ces vacances où rien ne pressait, où l'on s'ennuyait délicieusement. Aujourd'hui, l'ennui est un luxe d'un autre temps. L'urgence l'a remplacé, et avec lui une forme de lourdeur existentielle. La légèreté, écrit-il, s'est évaporée avec notre insouciance.
Reprendre la saison
Faut-il lire cette tribune comme un appel à la résistance ? Peut-être. Serge Joncour semble dire que la légèreté n'est pas morte, mais qu'elle doit être reconquise. Si l'été nous a été volé, c'est aussi parce que nous avons cessé de l'habiter pleinement. Les siestes à l'ombre, les jeux d'enfants au crépuscule, les tables prolongées sous les étoiles : autant de pratiques qui relèvent de notre responsabilité.
En ce 1er août 2026, alors que la saison approche de son apogée, le texte du romancier agit comme une piqûre de rappel. Il ne suffit pas de déplorer la chaleur ou le dérèglement climatique ; encore faut-il inventer de nouvelles manières de vivre l'été. La conviction de Serge Joncour est que la littérature a un rôle à jouer dans cette réinvention, en nous apprenant à voir autrement ce qui nous entoure.
Après tout, l'été demeure une saison, une réalité astronomique qui revient chaque année. Mais sa dimension symbolique, elle, dépend de nous. La tribune se conclut sur une note d'espoir ambigu : si l'été nous a été volé, nous pouvons peut-être le réapprendre, avec lucidité et gratitude.



