La probabilité de voir des medicanes et des épisodes cévenols très importants cet automne est « très, très élevée », prévient le météorologue Jérémy Surcin, interrogé par Midi Libre. La mer Méditerranée, en surchauffe, libère d'importantes quantités de vapeur d'eau dans l'air, ce qui pourrait favoriser la formation de dépressions majeures lorsque l'air froid arrivera en altitude.
Qu'est-ce qu'un medicane ?
Le terme « medicane » est la contraction de « mediterranean » et « hurricane » (ouragan en anglais). Il désigne des cyclones méditerranéens, explique Jérémy Surcin. Ces dépressions provoquent d'importantes rafales de vent et sont porteuses d'un œil caractéristique en leur centre, selon Météo France. Le phénomène est bien connu des scientifiques : la notion est apparue dans les années 2000, dans un article du chercheur en météorologie au MIT, Kerry Emanuel, qui parlait alors d'« ouragan méditerranéen ». Il constatait que « des tempêtes cycloniques ressemblant fortement à des cyclones tropicaux sur les images satellites se forment occasionnellement au-dessus de la mer Méditerranée ».
Pourquoi cette année est particulièrement à risque ?
Cette année, des pics de température de la mer dépassant de 6 à 7 °C les normales de saison ont été enregistrés. Plus la mer est chaude, plus elle libère de vapeur d'eau, ce qui augmente le potentiel de précipitations. La mer Méditerranée ne joue pas le rôle de déclencheur des phénomènes extrêmes, mais bien de carburant. L'étincelle, c'est l'air froid, voire la goutte froide, à l'automne. Jérémy Surcin insiste : « Il fait très chaud, les eaux sont très chaudes, les sols aussi sont chauds… Donc dès qu'il y aura des conflits de masses d'air, les dépressions, les tempêtes… seront beaucoup plus violentes. »
Des medicanes plus intenses à l'avenir
En 2023, à Derna, en Libye, plusieurs milliers de personnes sont mortes après le passage du medicane Daniel, où des crues spectaculaires ont brisé des barrages hydrauliques. Le climatologue montpelliérain Serge Zaka avait déploré sur X : « Il est tombé en 24 h… près de 100 fois ce qu'il tombe en un mois », ajoutant que « la hausse de la température de la mer peut accroître l'énergie fournie aux systèmes orageux ».
Le phénomène est rare : habituellement, des medicanes apparaissent une à deux fois par an en Méditerranée. Cependant, Météo France note que « les études menées ces dernières années convergent sur l'évolution future : les medicanes seront moins nombreux mais plus intenses, en lien avec le réchauffement de la température de la surface de la mer, et donc potentiellement plus dévastateurs ». Les reliquats de l'été exceptionnel que nous traversons risquent de se manifester à l'automne.



