Le député du Var Yannick Chenevard, membre de la commission de la Défense et des Forces armées, souhaite que la France développe un système de catapultes électromagnétiques souverain pour son futur porte-avions France Libre, afin de ne plus dépendre des États-Unis. Cette initiative fait suite à la décision du président américain Donald Trump d'ordonner à l'US Navy de revenir à la vapeur pour les catapultes de ses futurs porte-avions.
Une décision américaine qui suscite des inquiétudes
Les trois catapultes qui équiperont le France Libre, porte-avions de nouvelle génération destiné à remplacer le Charles-de-Gaulle, sont conçues et fabriquées par la société américaine General Atomics. La décision de Donald Trump, annoncée jeudi dernier, a jeté le doute sur la pérennité de cette technologie. Le ministère des Armées et des Anciens combattants a rapidement réagi, affirmant qu'« aucun risque technique ou industriel particulier n'est identifié pour la fabrication des catapultes électromagnétiques destinées au prochain France Libre, ou leur entretien dans les prochaines décennies ». Le ministère s'appuie sur le fait que trois porte-avions américains (l'USS Gerald Ford, déjà opérationnel ; l'USS John F. Kennedy et l'USS Enterprise en cours de construction) sont ou seront équipés de catapultes électromagnétiques.
Cependant, Yannick Chenevard, également rapporteur du budget de la Marine à l'Assemblée nationale, se montre plus prudent. Il reconnaît qu'« avec la livraison de quinze catapultes - douze pour les trois premiers porte-avions de la classe Ford, auxquelles il faut ajouter les trois catapultes du France Libre - General Atomics dispose d'un volume industriel suffisant. Il n'y a donc pas, a priori, de raison de s'alarmer outre mesure ». Mais il pointe les « réactions erratiques » du président américain : « Si, à un moment donné, la France fait quelque chose qui déplaît à Donald Trump, rien ne dit qu'on ne se retrouvera pas sans catapultes. On ne peut pas se permettre de faire peser en permanence une telle épée de Damoclès au-dessus d'un programme de la nature du France Libre ».
Un amendement déjà voté pour une étude de faisabilité
Le député varois avait anticipé ce risque. Au printemps dernier, il a déposé un amendement dans le cadre de l'actualisation de la loi de programmation militaire 2024-2030. Cet amendement, « désormais gravé dans la loi » après avoir été voté en commission mixte paritaire, prévoit de conduire « une étude de faisabilité portant sur les modalités de développement d'un système de catapultes électromagnétiques souverain ».
Yannick Chenevard est convaincu que la France a les capacités pour développer ses propres catapultes. Il cite notamment « les trois sociétés françaises Alstom, Cegelec et Schneider » qui « pourraient très bien mener des travaux de Recherche et Développement sur la technologie des catapultes électromagnétiques ». Le dernier classement de Shanghai, rendu public le 15 août et qui place la France dans le top 10 mondial, renforce sa conviction.
Les catapultes électromagnétiques, un choix opérationnel
Interrogé sur un éventuel retour à la vapeur pour le futur porte-avions français, le député est catégorique : « Pour les avions de 6e génération, et les drones qui les accompagneront sans doute, les catapultes électromagnétiques sont le meilleur choix d'un point de vue opérationnel. Outre le gain de place par rapport à des catapultes à vapeur, elles permettent des réglages plus fins et une cadence de catapultage plus élevée. L'USS Gerald Ford a fait la démonstration de leur efficacité. Ce n'est pas pour rien si la Chine a fait ce choix pour son porte-avions Fujian ».
Le France Libre, présenté le 18 mars dernier à Nantes, devrait être équipé de trois catapultes électromagnétiques fabriquées par General Atomics. L'étude de faisabilité prévue par la loi devra déterminer les modalités de développement d'un système souverain, afin de sécuriser ce programme majeur pour la marine française.



