Les principaux quotidiens français ont officiellement saisi l'Autorité de la concurrence, ce mardi 11 août, pour dénoncer les pratiques de Google liées à ses résumés générés par intelligence artificielle. Ils accusent le géant américain de détourner le trafic des sites de presse sans les rémunérer, une pratique jugée contraire aux droits voisins.
Une action collective des éditeurs
Cette initiative émane d'un collectif regroupant plusieurs grands titres de la presse quotidienne nationale, dont Le Monde, Le Figaro, Libération, Les Échos, et Le Parisien. Selon le communiqué commun, ils demandent à l'Autorité de la concurrence de prendre des mesures conservatoires pour suspendre l'affichage des résumés IA de Google dans les résultats de recherche en France.
Les éditeurs estiment que ces résumés, qui répondent directement aux requêtes des internautes, réduisent considérablement le nombre de clics vers leurs articles. Ils dénoncent une « appropriation non autorisée » de leurs contenus, qui plus est sans contrepartie financière, alors que la loi européenne sur le droit d'auteur et les droits voisins impose une rémunération pour la réutilisation de leurs productions.
Des pertes de trafic significatives
D'après les données fournies par les journaux, la mise en place des résumés IA par Google aurait entraîné une baisse moyenne de 25 % du trafic en provenance de la recherche pour les sites concernés depuis le début de l'année. Certains titres auraient même enregistré des chutes allant jusqu'à 40 % sur certaines périodes. Ces chiffres illustrent l'impact direct et massif de cette technologie sur l'économie de la presse en ligne.
« C'est une question de survie économique pour la presse indépendante », a déclaré un porte-parole du collectif, cité dans le communiqué. « Nous ne demandons pas l'interdiction de l'IA, mais le respect du droit et une juste rémunération pour l'utilisation de nos contenus. »
Un précédent avec les droits voisins
Cette action s'inscrit dans le prolongement du conflit qui oppose la presse française à Google depuis 2019, au sujet des droits voisins. En 2021, l'Autorité de la concurrence avait infligé une amende de 500 millions d'euros à Google pour ne pas avoir négocié de bonne foi avec les éditeurs. Depuis, des accords de rémunération ont été conclus, mais les résumés IA constituent une nouvelle brèche non couverte par ces accords.
Les éditeurs espèrent que l'Autorité de la concurrence agira rapidement, comme elle l'a fait par le passé. Ils demandent également que la question soit examinée au niveau européen, où la réglementation sur l'IA est en cours d'élaboration. Cette saisine pourrait faire jurisprudence pour d'autres pays membres.
La réponse de Google attendue
Google n'a pas encore réagi publiquement à cette saisine. Cependant, le groupe a toujours défendu ses résumés IA comme un moyen d'améliorer l'expérience utilisateur, en fournissant des réponses rapides et pertinentes. Il affirme également que ces outils génèrent du trafic vers les sites d'information, en citant des études internes. Les éditeurs contestent ces affirmations et attendent de l'Autorité de la concurrence qu'elle tranche.
En attendant, les journaux français pourraient subir de nouvelles pertes de revenus publicitaires si la tendance se poursuit. Certains envisagent déjà de bloquer l'accès de leurs contenus aux robots de Google, une mesure radicale qui aurait des conséquences sur leur visibilité en ligne. La décision de l'Autorité de la concurrence est donc attendue avec impatience, tant par les éditeurs que par les acteurs du numérique.



