Le dérèglement climatique ne se contente pas de bouleverser les écosystèmes : il exacerbe également les violences basées sur le genre. Une étude publiée par ONU Femmes en juillet 2025 établit un lien direct entre les chocs climatiques et l’augmentation des agressions physiques, sexuelles et psychologiques envers les femmes et les filles. Selon ce rapport, les épisodes de sécheresse, d’inondations ou de cyclones entraînent une hausse moyenne de 30 % des signalements de violences conjugales dans les six mois suivant l’événement.
Des mécanismes multiples et invisibles
L’étude identifie plusieurs facteurs expliquant cette corrélation. D’abord, la raréfaction des ressources – eau, terres arables, nourriture – accroît les tensions au sein des foyers. Ensuite, les déplacements forcés et la perte de moyens de subsistance fragilisent les femmes, qui deviennent plus vulnérables aux exploitations et aux abus. Enfin, l’effondrement des services sociaux et de protection, souvent détruits ou submergés après une catastrophe, laisse les victimes sans recours.
« Le changement climatique agit comme un multiplicateur de risques, explique Amina J. Mohammed, Secrétaire générale adjointe des Nations unies. Les femmes qui étaient déjà en situation de précarité voient leur exposition à la violence multipliée par trois en moyenne après un ouragan ou une inondation. » Le rapport précise que les régions les plus touchées sont l’Asie du Sud, l’Afrique subsaharienne et les petits États insulaires.
Des données encore lacunaires mais alarmantes
Les chercheuses ont compilé des données provenant de 89 pays sur une période de 20 ans. Dans 70 % des cas, les indicateurs de violence ont augmenté de manière significative dans l’année suivant un désastre naturel. Au Bangladesh, par exemple, les mariages forcés d’adolescentes ont bondi de 15 % après le passage du cyclone Amphan en 2020. En Éthiopie, les violences domestiques ont grimpé de 40 % lors de la sécheresse de 2022.
« Les mécanismes sont souvent invisibles car les données sur les violences de genre sont rarement collectées systématiquement après une catastrophe, souligne Dr. Lina Benabdallah, coautrice de l’étude. Les gouvernements se concentrent sur les dégâts matériels et les pertes humaines, mais négligent la spirale de violence qui s’installe dans les abris temporaires ou les camps de déplacés. »
Un appel à l’action urgente
Face à ces résultats, ONU Femmes appelle les États à intégrer systématiquement la prévention des violences de genre dans leurs plans d’adaptation climatique. Le rapport recommande notamment de former les personnels humanitaires à repérer les signes d’abus, d’assurer un accès immédiat aux services d’aide aux victimes, et de garantir la participation des femmes aux décisions sur la gestion des ressources en période de crise.
« On ne peut pas lutter contre le réchauffement climatique sans lutter contre les inégalités de genre, affirme Sima Bahous, directrice exécutive d’ONU Femmes. Les deux combats sont indissociables. » Les auteures estiment que chaque dollar investi dans des programmes de prévention et de protection pourrait éviter jusqu’à 7 dollars de coûts sociaux et sanitaires ultérieurs.
Une prise de conscience progressive
Certains pays commencent à agir. Le Kenya a intégré des unités de soutien psychologique dans ses centres d’hébergement d’urgence. Aux Philippines, une ligne d’écoute dédiée aux victimes de violences a été activée lors du dernier typhon. Mais ces initiatives restent isolées. L’étude souligne que seuls 15 % des plans nationaux d’adaptation au changement climatique mentionnent les violences de genre, et moins de 5 % leur allouent un budget spécifique.
Le rapport sera présenté à la COP31 qui se tiendra en novembre 2025 à Paris. Les organisations féministes espèrent qu’il permettra de placer la question des violences climatiques au cœur des négociations internationales. « Nous sommes à un tournant, conclut Amina J. Mohammed. Ignorer ces violences revient à laisser un tiers de l’humanité faire les frais d’une crise qu’elle n’a pas provoquée. »



