Canicule 2026 : 8 000 morts, un plan d'adaptation exigé
Canicule 2026 : 8 000 morts, un plan exigé

Le bilan provisoire de Santé publique France, publié le 16 septembre, fait état de près de 8 000 décès en excès pendant les canicules de l'été 2026, un niveau sans précédent depuis 2003. Face à ce constat, la Dr Anna Boctor, médecin à Vence et Cagnes et présidente de Jeunes Médecins, cosigne avec d'autres organisations une tribune demandant un plan national d'adaptation à la chaleur avant l'été 2027, du domicile des patients jusqu'à l'hôpital.

Un bilan humain lourd et des victimes majoritairement âgées

« Près de 8 000 morts de la canicule. Plus jamais ça », écrit la Dr Boctor dans cette tribune libre publiée le 11 octobre 2026. Elle compare ces décès à « une ville entière qui disparaît en un été », soit l'équivalent de « 44 Airbus A320 pleins qui s'écraseraient les uns après les autres ». Elle souligne l'absence d'enquête systématique pour ces morts, contrairement à ce qui se passerait pour un accident aérien.

Les victimes sont en majorité des personnes de plus de 75 ans, décédées à domicile, en Ehpad ou à l'hôpital. Santé publique France a observé une augmentation particulièrement marquée des décès à domicile, atteignant +91 % sur la semaine du 22 au 28 juin. Plus d'un logement sur trois se transforme en « bouilloire thermique » l'été, selon le ministre du Logement lui-même.

Le système de soins sous tension, sans plan adapté

La chaleur ne constitue pas uniquement un risque individuel : elle met également sous tension l'ensemble de la chaîne de soins. Services hospitaliers transformés en étuves, soignants contraints de choisir quels patients peuvent avoir accès à la climatisation, examens d'imagerie reportés, urgences saturées, cabinets de ville et tournées infirmières sous tension : les soignants ont tenu, mais « une crise devenue récurrente ne se gère pas avec du bricolage ».

Les 100 millions d'euros et les 30 000 climatiseurs annoncés ne sont pas considérés comme une stratégie suffisante. Le 28 août, Jeunes Médecins a déposé plainte contre X et mis en demeure la ministre de la Santé d'apporter des réponses opérationnelles sur le plan de rénovation thermique des hôpitaux annoncé en juin dernier.

Des exigences concrètes pour l'été 2027

Les organisations signataires demandent « de l'anticipation, plus que de la réaction ». Leurs exigences incluent : un recensement national des besoins, établissement par établissement, dans les hôpitaux, les Ehpad et les lieux de soins de ville ; une planification hospitalière pluriannuelle, financée et assortie d'un calendrier public ; le repérage par les mairies ou CCAS et le suivi à domicile des personnes vulnérables, en s'appuyant sur le bilan infirmier de prévention canicule proposé par l'Onsil et sur le lien avec le médecin traitant ; l'adaptation prioritaire des logements des personnes les plus vulnérables aux fortes chaleurs ; enfin, un retour d'expérience national associant soignants et société civile, et la transparence sur les financements annoncés pour bâtir un plan de santé environnementale.

« Il faut protéger la population : chaque euro investi dans la prévention peut générer plusieurs euros d'économies », conclut la tribune. Ce texte a été rédigé par Jeunes Médecins, Action Praticiens Hôpital, l'ONSIL (syndicat d'infirmiers libéraux) et le SNPI (Syndicat national des professionnels infirmiers) CFE-CGC, avec le soutien du Réseau Action Climat.