Le ramassage des châtaignes a débuté vendredi 2 octobre dans l'exploitation Les Saveurs du Castanet, au Collet-de-Dèze, en Lozère. La sécheresse estivale a produit des fruits plus petits que la normale, et la castanéicultrice Camille Fages estime ses pertes à au moins 40 %.
Une récolte marquée par un été sans pluie
Sur la route étroite et sinueuse qui mène au hameau du Castanet, les bas-côtés sont couverts de bogues. Le fruit emblématique des Cévennes est ramassé depuis ce vendredi, une saison qui dure un peu plus d'un mois. Camille Fages, castanéicultrice depuis 14 ans, a repris la ferme de ses arrière-grands-parents, abandonnée pendant deux générations.
« Les fruits sont là. Par contre, on n'a pas eu de pluie significative depuis le début de l'été », explique-t-elle. Résultat : des châtaignes plus petites que d'habitude, qui devront être davantage transformées. « T'as plus de travail », résume la trentenaire, qui estime les pertes au minimum à 40 %. « Le dérèglement climatique je le vois au quotidien. »
Des variétés anciennes et une diversification nécessaire
L'exploitation compte cinq hectares de châtaigneraies reconnus en AOP, produisant principalement des pellegrines et des figarettes, deux variétés anciennes très courantes dans les Cévennes. Sur une parcelle à 430 m d'altitude, un imposant châtaignier vieux de plusieurs siècles produit des figarettes. Les bogues des vieilles variétés cévenoles s'ouvrent seules, ce qui facilite la récolte.
Camille Fages, 35 ans, élève aussi un troupeau de brebis, récolte des fruits rouges et fabrique du jus de pomme. « Le nerf de la guerre c'est la diversification », affirme-t-elle. Impossible pour elle d'imaginer l'arrêt de la production de châtaignes, symbole de l'attachement à une terre et à un mode de vie. « Le châtaignier nous accompagne du berceau jusqu'à la mort », témoigne-t-elle. De ce bois, elle fabrique des planches, des tisanes et même des bijoux. « Oui, je suis amoureuse du châtaignier ! »
Un travail exigeant et une transformation locale
Sous les arbres, les journées de ramassage, très dépendantes de la météo, durent parfois huit heures. « C'est beaucoup, la terre est basse », sourit la native d'Alès. Maux de dos et courbatures font partie du métier. Camille vend ses châtaignes fraîches, qui se conservent au frigo, et transforme une grande partie de sa production. Elle possède sa propre clède (séchoir à châtaignes) et une dépiqueuse pour décortiquer les fruits. Farine, purée, confiture ou encore sirop sont vendus sur place et dans des boutiques de producteurs. Pour 1 kg de farine, il faut 6 kg de châtaignes fraîches.
En dehors du ramassage, qui devrait s'achever en novembre, la castanéicultrice travaille seule, avec l'aide de son père qui monte trois fois par semaine depuis Anduze, et d'amis qui passent souvent donner un coup de main. Elle vit avec ses deux chiens, Lilo et Baco, du nom d'un cépage interdit. La récolte de cette année, bien que réduite en taille, reste essentielle pour l'économie locale et l'identité cévenole.