Procès d'un « masculiniste fasciste » d'Antibes jugé à Paris
Procès d'un « masculiniste fasciste » d'Antibes à Paris

Le procès de Rohan Rane, 28 ans, s'ouvre ce lundi 5 octobre 2026 devant la Cour d'assises de Paris. Ce ressortissant indien, ancien étudiant de Sophia Antipolis, est jugé jusqu'au vendredi 9 octobre pour des faits remontant à 2021. Il est accusé d'avoir fondé un groupe extrémiste et nihiliste sur la plateforme Discord, baptisé « CVLT » (1), et d'avoir ciblé des adolescentes de 11 à 16 ans vivant à l'étranger. Selon l'enquête, il exerçait sur elles un chantage en ligne après avoir obtenu des photos dénudées, les poussant à se torturer et à s'infliger des mutilations sexuelles.

Un accusé qui reconnaît les faits

Déjà présenté à la justice en mars 2025 devant la cour criminelle départementale de Paris, qui l'a renvoyé aux assises, Rohan Rane reconnaît les faits. « Je suis désolé de ce que j'ai fait […] je suis coupable, j'assume tout », a-t-il déclaré dans le box. Il s'est présenté comme « fasciste », « masculiniste » mais « pas misogyne ». Interpellé à Antibes en 2021, il est accusé d'avoir orchestré ces violences depuis son ordinateur.

L'affaire a débuté après le signalement du National Center for Missing and Exploited Children américain. Contactée par Nice-Matin, l'ONG française ECPAT 360, constituée partie civile depuis 2022, souligne l'importance de ce dossier : « Au départ, ce procès nous semblait emblématique des nouvelles formes de violences sexuelles en ligne contre les enfants, de leur aggravation et du manque de reconnaissance de ces crimes commis en ligne. »

Un « dossier fondateur » pour ECPAT 360

Aujourd'hui, cette procédure prend une autre ampleur. « C'est un dossier fondateur », indique l'ONG, qui fait référence aux réseaux 764 et « The Com » : des mouvances numériques mêlant notamment exploitation sexuelle de mineurs, cybercriminalité et violences (2). Au tribunal, l'ONG sera présente aux côtés des victimes qui ont souhaité témoigner à la barre et demander réparation : « En pénal on se concentre beaucoup sur l'auteur. Notre travail est de ne pas invisibiliser les conséquences que ces actes ont pour elles. »

ECPAT 360 entend également alerter sur « l'extrémisme violent nihiliste » : « Une nébuleuse idéologique mêlant néonazisme, djihadisme et apologie de la violence. »

Des victimes et des auteurs plus jeunes

Nihiliste ou non, la menace demeure omniprésente autour des mineurs en ligne : « Avec les différents confinements, le phénomène a vraiment explosé. On constate notamment une forte progression de la pédocriminalité en ligne dans ses formes les plus extrêmes. » Autre point d'inquiétude : « Le rajeunissement des victimes et des auteurs. »

Ces violences peuvent se diffuser sur différents espaces, des jeux vidéo aux réseaux sociaux en passant par des serveurs plus confidentiels. Se pose dès lors la responsabilité des plateformes face au danger. « L'interdiction des réseaux sociaux pour les plus jeunes ne résoudra pas le problème », tranche l'ONG, qui pointe du doigt les entreprises de la tech : « Il faut agir sur la conception, la modération et la prévention, en utilisant les outils technologiques pour détecter et prévenir la propagation de ces contenus pédocriminels. »

D'où la question de la réglementation : « Nous demandons un arsenal solide qui oblige les plateformes à respecter leurs responsabilités. Parallèlement, il faut donner les moyens au système de protection de l'enfance et à l'Office mineurs en France de conduire ces enquêtes. »

Le terreau fertile du masculinisme

Derrière ce dossier pouvant sembler hors norme, un sujet de société plus large. En 2026, le Haut Conseil à l'Égalité estime que 10 millions de personnes (3) adhèrent au sexisme hostile, fortement corrélé à l'idéologie masculiniste. Le phénomène trouve un terrain de diffusion privilégié. « Le masculinisme a toujours existé, mais les réseaux sociaux ont permis une mondialisation du phénomène et un accès surtout aux très jeunes », observe Ariane Kuttel, membre du Collectif droits des femmes 06, qui indique que les adolescents de 14 à 17 ans sont des cibles idéales : « Il faut 26 minutes, en moyenne, à un jeune homme avant que lui soit proposé du contenu masculiniste sur Internet. »

Une consultation qui peut progressivement conduire à la radicalisation. « Un jeune homme normalement constitué ne devient pas masculiniste du jour au lendemain », explique Solène Gomes Correia du Planning familial 06, qui s'est elle-même plongée dans les contenus produits par les influenceurs du genre : « Ils draguent les jeunes vulnérables en leur proposant des solutions clés en main pour résoudre leur mal-être. »

Et les portes d'entrée sont nombreuses : sport, réussite dans le business, développement personnel… Avec, en toile de fond, toujours le même modèle de réussite : la domination. Une idéologie dont certaines formes radicalisées peuvent conduire à la violence.

La loi intégrale en débat

Pour lutter contre ce phénomène, est-ce que la loi intégrale suffit ? Actuellement en débat à l'Assemblée nationale, le texte contre les violences sexistes génère une polémique. Un écart subsiste entre les 3 milliards d'euros annuels réclamés par les associations et les moyens supplémentaires garantis par l'État. Des lignes budgétaires indispensables pour mener des opérations auprès du public. « Notre sujet n'est pas la répression, mais la prévention », fait savoir Ariane Kuttel, rejointe par Solène Gomes Correia : « Il faut pouvoir intervenir avant que ces jeunes hommes soient radicalisés. »

Rohan Rane encourt la réclusion criminelle à perpétuité pour extorsion précédée, suivie ou accompagnée d'actes de torture et de barbarie. Son avocate n'a pas donné suite à nos sollicitations.