QuotaClimat et la Fondation Jean-Jaurès ont officiellement saisi l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel, pour demander une mise en demeure de CNews concernant son traitement des questions environnementales. Cette action fait suite à une étude portant sur 75 heures de séquences consacrées à l’environnement, diffusées en juillet 2025 sur CNews, BFMTV, LCI et franceinfo. Le choix de juillet n’est pas anodin : le mois était marqué par les débats autour de la controversée loi Duplomb sur l’agriculture.
Une place minime pour l’environnement sur CNews
Selon l’étude, sur CNews, l’environnement n’a occupé que 2 % du temps d’antenne, contre 3,4 % en moyenne sur les quatre chaînes analysées. Sur l’ensemble de l’année 2025, CNews serait même la chaîne ayant consacré le moins de place à ces sujets pendant onze mois sur douze. Ce constat chronométrique est au cœur de la saisine.
Mais les auteurs de l’étude ne s’arrêtent pas à la seule mesure du temps d’antenne. Ils pointent également la nature des séquences : 69 % des séquences longues consacrées à l’environnement sur CNews aborderaient au moins une question controversée, comme les énergies renouvelables, les politiques écologiques ou l’agriculture. Les débats seraient souvent à sens unique, avec une absence notable de points de vue contradictoires.
63 cas de mésinformation climatique identifiés
Le chiffre le plus marquant de l’étude est sans doute celui des « mésinformations climatiques ». QuotaClimat affirme avoir identifié sur CNews 63 cas de propos jugés faux ou trompeurs, laissés sans contradiction en plateau. Cela représente 64 % des 98 cas recensés sur l’ensemble des quatre chaînes. À titre de comparaison, LCI en compterait 18, franceinfo 11 et BFMTV 6.
Pendant le mois étudié, les chercheurs affirment n’avoir retrouvé aucun point de vue défavorable à la loi Duplomb sur l’antenne de CNews, alors que le texte faisait l’objet d’une forte contestation dans le débat public. Cette absence de contradictoire est particulièrement soulignée par les auteurs.
CNews défend sa liberté éditoriale
La chaîne a réagi par un communiqué, dénonçant une étude « fondée sur un périmètre limité et des choix méthodologiques discutables ». CNews assure rester « attachée à la liberté éditoriale et au pluralisme ». Pour la chaîne, le pluralisme ne peut pas être évalué par une simple addition des temps d’antenne ou des opinions exprimées, et une ligne éditoriale n’impose pas de répartir mécaniquement chaque point de vue sur chaque sujet.
De son côté, QuotaClimat espère que l’Arcom appliquera au climat le même thermomètre que celui utilisé pour d’autres sujets. Le régulateur a déjà été saisi par le passé, avec des précédents notables.
Un précédent et une décision attendue
En juillet 2024, l’Arcom avait infligé une amende de 20 000 euros à CNews après la diffusion, dans Punchline Été, de propos contestant l’influence humaine sur le réchauffement climatique sans réelle contradiction en plateau. La sanction a depuis été confirmée par le Conseil d’État. Plus récemment, en juin dernier, l’Arcom avait déjà mis CNews en demeure pour manquement au pluralisme après avoir analysé 168 heures de programmes, relevant une forte convergence des points de vue sur la sécurité, l’immigration ou la guerre en Ukraine.
La décision de l’Arcom sur cette nouvelle saisine n’est pas encore connue. Une demande de mise en demeure ne signifie pas que le régulateur a donné raison aux associations. Il appartient désormais à l’Arcom de déterminer si, sur CNews, le débat environnemental a réellement dépassé la température réglementaire.