Résilience dans la Roya : quand la tempête Alex a soudé les habitants
Résilience dans la Roya : la tempête Alex a soudé les habitants

Six ans après le passage dévastateur de la tempête Alex, la vallée de la Roya, dans les Alpes-Maritimes, incarne un exemple de résilience collective. Le 2 octobre 2020, des coulées de boue géantes ont ravagé les villages de Breil-sur-Roya, Tende, La Brigue et Fontan, causant la mort de 18 personnes et détruisant maisons, routes et ponts. Pourtant, de cette tragédie est né un élan de solidarité qui a permis de reconstruire, mais autrement, comme en témoigneront des habitants lors de la soirée « Refaire (ensemble) quand tout se défait », organisée par le Nouvel Obs en partenariat avec la Macif, le mercredi 23 septembre à 19 heures à Paris.

Une solidarité née de la catastrophe

Morgane Ganault, illustratrice ayant passé son enfance à Breil-sur-Roya, raconte son retour dans la vallée au début d'octobre 2020 : « Je me souviens d'un paysage gris, presque comme une photo en noir et blanc. Et en même temps, il y avait ici un tel élan de solidarité. » Cette solidarité s'est manifestée concrètement, comme le décrit Charles Claudo, enseignant à la retraite natif de la vallée : « On a d'abord participé à une collecte avec les pompiers pour acheminer au plus vite tout ce qui manquait aux sinistrés : des vêtements, de la nourriture, du bois de chauffage… Parfois, il a fallu trouver des logements pour les accueillir, parce que leurs maisons avaient été emportées. »

Charles Claudo souligne que la catastrophe a révélé des capacités insoupçonnées : « C'est comme si la tempête avait réveillé des capacités d'organisation et des compétences qui étaient un peu en sommeil, un peu insoupçonnées. » Pour Morgane Ganault, cette expérience a été fascinante : « J'ai vu se déployer une énergie du désespoir et, en même temps, une certaine joie dans le fait de faire ensemble. C'était fascinant de voir comment des personnes qui n'étaient pas du tout formées à réagir à des événements extrêmes s'organisent, en fonction de leurs compétences propres. »

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Une reconstruction pensée pour l'avenir

Dans les villages de la Roya, les citoyens n'ont pas voulu que tout reprenne comme avant. Charles Claudo, devenu administrateur de l'association Remontons La Roya, explique : « La vallée étant une espèce de page blanche où tout a été détruit, nous avons cherché à associer les habitants à la reconstruction. On a donc organisé des ateliers de réflexion sur différents thèmes qui pouvaient intéresser : la mobilité, l'énergie, l'alimentation… »

Morgane Ganault, fondatrice de l'Atelier rural en Roya et du projet Roya Open Sources, évoque des initiatives visant à reconstruire de manière plus adaptée : « Nous nous sommes dit : pourquoi ne pas imaginer, avec l'aide d'architectes, de reconstruire la zone de manière plus adaptée aux enjeux climatiques et géographiques, en utilisant le savoir-faire traditionnel, l'écoconstruction et les matériaux présents sur place, comme le bois, la pierre, la laine… ? Sans oublier, bien sûr, l'aspect esthétique ! »

L'Agence de la Transition écologique (Ademe) a également financé des projets d'écotourisme dans la vallée, permettant de découvrir le métier de berger, les plantes alimentaires, la « cucina bianca » (la « cuisine blanche », gastronomie locale) ou l'apiculture. Ces initiatives montrent que la crue n'a pas tout emporté, du moins pas la résolution des habitants.

Les clés de la résilience collective

La politiste Johanna Siméant-Germanos, codirectrice de la chaire ENS-Macif « Changement climatique : nouvelles fractures, nouvelles mutualisations », analyse ce phénomène : « Parfois, après des catastrophes naturelles, les médias ont tendance à se concentrer sur les aspects humains négatifs, par exemple les pillages. Ils existent, mais dans les jours où l'Etat est impuissant à agir, on voit aussi des gens ordinaires révéler leur meilleur. » Elle met en garde contre les clichés sur l'« héroïsme du quotidien » : « Il ne faut pas oublier l'essentiel, les formes tranquilles d'entraide et de solidarité : le fait de passer une tête pour demander aux voisins si tout va bien, d'apporter une soupe, de suggérer de ne pas rester sur place quand la maison est inondée… »

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Selon elle, la catastrophe ne crée pas l'héroïsme : « Celui-ci ne se met en œuvre que parce que des relations sociales fortes préexistaient déjà. » Elle souligne l'importance de la densité des liens sociaux, plus que de la densité géographique : « Certaines personnes très isolées, parce que plus récemment arrivées et parlant une autre langue, le restent parce qu'on ne songe tout simplement pas à aller les sauver. » Cette analyse éclaire les dynamiques à l'œuvre dans la vallée de la Roya, où la solidarité a permis de surmonter l'indicible, mais où les blessures restent vives, notamment chez les jeunes, comme le confirme Charles Claudo : « Une catastrophe d'une telle ampleur crée une blessure dans la manière de penser des habitants. Souvent, les plus touchés, ce sont les jeunes. »