Le parquet de Carcassonne a saisi l'inspection générale de la police nationale (IGPN) après la diffusion, vendredi 11 septembre, d'une vidéo montrant un policier projetant violemment au sol un marginal pour défendre une collègue. La scène, qui s'est déroulée le 21 juin dans les rues de la ville audoise, a été filmée par un témoin et tourne en boucle sur les réseaux sociaux depuis samedi. L'homme, Youssef E., 29 ans, sans domicile fixe, est décédé treize jours plus tard, le 3 juillet, mais le parquet a exclu tout lien de causalité avec sa chute.
Une intervention musclée filmée par un témoin
Sur les images, on aperçoit un policier du commissariat de Carcassonne se diriger promptement vers Youssef E., qui fait face à une femme policier et semble s'expliquer avec elle. Le fonctionnaire le saisit dans le dos aux épaules et le projette violemment au sol, sa tête percutant le bitume. « Il lui éclate la gueule par terre, ça se fait pas ! », s'indigne le témoin qui continue à filmer. Une petite dizaine d'agents sont présents : un équipage de police nationale qui fait l'intervention et des municipaux qui sécurisent l'endroit, dont César R., 50 ans, ancien militaire et principal mis en cause dans l'affaire des propos racistes et misogynes filmés sans le vouloir en novembre 2025.
La victime, sans domicile fixe depuis l'âge de 16 ans, s'occupait de la sono de la rue Auguste-Fourès pour la Fête de la musique. Des nuisances sonores à répétition dénoncées par des voisins ont conduit à l'intervention des forces de l'ordre. C'est la diffusion par Midi Libre des images des propos racistes qui a conduit le témoin à publier sa vidéo le 11 septembre, comme il l'a expliqué à Mediapart.
Le parquet exclut un lien de causalité avec le décès
Youssef E. est décédé treize jours après les faits, le 3 juillet, sur son campement. « Une enquête en recherche des causes de la mort était alors immédiatement diligentée par le parquet. Les conclusions médico-légales de l'autopsie réalisée le 9 juillet 2026 excluaient toute lésion traumatique suspecte en faveur de l'intervention d'un tiers et privilégient la cause toxique au regard de ses antécédents connus de polytoxicomanie », a réagi lundi 14 septembre, via un communiqué, Géraldine Labialle, procureure de la République de Carcassonne. « À ce jour, en l'état des investigations, il n'existe donc aucun lien de causalité entre les faits filmés et le décès survenu treize jours après. »
En revanche, la procureure indique avoir immédiatement saisi l'IGPN à l'encontre du fonctionnaire de la police nationale en cause, qui exerce à la brigade de nuit du commissariat de police de Carcassonne, pour une enquête judiciaire « du chef de violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique ».
Le syndicat UN1TE-police défend l'intervention
Ces nouvelles images ont suscité un tollé en raison de la disproportion apparente de l'intervention et de sa violence. Ce n'est pas l'avis de Bruno Bartoccetti, secrétaire national zone Sud d'UN1TE-police, après analyse des images. « La situation ne doit pas être analysée seulement avec cette vidéo de quelques secondes : le policier écarte le SDF sentant sa collègue qui lui faisait face en danger, il est intervenu, avance le syndicaliste. L'enquête va apprécier si la réaction est proportionnelle, mais sa collègue était en danger, ce n'est pas pour le plaisir, ni gratuitement qu'il a jeté quelqu'un au sol. La patrouille a fait un procès-verbal de cette intervention et ne s'est pas considérée hors cadre. »
La présence de César R. questionne aussi beaucoup, même si les images le montrent statique, levant juste la main pour dissuader une amie de Youssef E. d'intervenir après la chute, sans aucun contact. L'inaction du policier municipal en a choqué certains : « il est référent premiers secours et il n'a aucune attention pour le type qui est projeté et dont la tête a frappé le sol », raille un employé de la mairie de Carcassonne.



