Emmanuel Macron a lancé ce lundi 27 juillet 2026 depuis Bordeaux un appel à « rester unis » pour affronter la longue bataille contre les incendies en Gironde. Alors que 42 000 hectares ont déjà été ravagés dans le département, le président a prévenu : « Les semaines à venir seront dures et on doit tenir ». Accompagné du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, il s’est exprimé dans la salle de crise du centre opérationnel départemental d’incendie et de secours (CODIS), rejetant les critiques naissantes : « On ne fait pas le retour d’expérience en plein milieu de la bataille ».
Un bilan national record et des reprises de feu
Depuis le début de l’année, plus de 116 000 hectares ont été parcourus par les incendies en France, un nouveau record après 2022, selon le Premier ministre Sébastien Lecornu. En Gironde, après une accalmie, les températures remontent et les feux reprennent. Le commandant Matthieu Jomain, du Service départemental d’incendie et de secours de la Gironde (Sdis 33), a indiqué : « Le feu a repris en début d’après-midi au milieu de la forêt à Claouey ». Des moyens aériens sont déployés, dont deux hélicoptères Blackhawks tchèques, trois hélicoptères bombardiers d’eau, des Air Tractor et un A400M effectuant des largages de produit retardant. Les pompiers constatent « beaucoup de points chauds » et la situation reste précaire. « Il faudra des semaines, voire des mois, avant d’éteindre » le brasier, a ajouté M. Jomain.
Au total, 2 750 sapeurs-pompiers sont mobilisés avec des renforts européens, 18 moyens aériens, 1 500 militaires et 1 440 forces de sécurité intérieure. Quatre nouveaux pompiers ont été blessés, portant le total à 88 depuis mercredi. Aucune victime humaine n’est à déplorer, mais 240 habitations ont été détruites.
Canicule et évacuations massives
Météo-France prévoit une « nouvelle vague de chaleur » à partir de mardi, avec des maximales jusqu’à 40 °C et des vents plus secs. La sécheresse et les canicules exceptionnelles, accentuées par le changement climatique, facilitent la propagation des feux. L’incendie autour du bassin d’Arcachon a entraîné l’évacuation de 220 000 personnes, une opération d’ampleur inédite. Dans un camping du Grand Crohot, les traces de la panique sont visibles : jouets, bières, tentes ouvertes et serviettes encore étendues. Une partie des tentes et caravanes a été sauvée, mais d’autres ont disparu.
À Marcheprime, des pelles mécaniques rasent la forêt sur 30 mètres de large pour priver le feu de combustible. Le feu n’étant pas fixé, aucun retour des évacués n’est envisageable en Gironde. Les activités des colonies de vacances sont suspendues. À Bordeaux, « un peu plus de 1 000 personnes » sont hébergées au parc des expositions, dont « moins d’une centaine » de résidents d’Ehpad, selon le maire Thomas Cazenave. Aucun TGV ne circule au sud de la ville (hors Agen et Toulouse), et l’autoroute A63 est fermée entre Bordeaux et Bayonne.
Solidarité et critiques
Une « vague de solidarité » est saluée par la préfète Sophie Brocas. Des agriculteurs et particuliers prêtent main-forte. Christopher Bonnefond, agriculteur de 25 ans venu du Lot-et-Garonne, explique à l’AFP : « On est partis à 4h30 ce matin… Je suis chasseur et je veux garder la nature comme elle est ». Au Porge, commune la plus touchée en maisons détruites, Manu Goncalves livre des poulets grillés aux pompiers. Mais des critiques émergent : Dorothée Benassy, conseillère municipale, déplore « un sentiment d’abandon » au profit des villas du Ferret.
Le ministre de l’Économie Roland Lescure a annoncé que les assureurs prendraient en charge les frais de relogement des évacués. Environ 14 500 entreprises de Gironde ont cessé leur activité ou subi des dommages. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a prévenu que les dégâts sont « catastrophiques » pour la faune sauvage.
Autres foyers en France
Dans les Landes, l’incendie de Biscarrosse est « mieux contenu mais pas fixé », après 3 600 hectares brûlés et 198 bâtiments. Quelque 8 000 personnes évacuées sur 30 000 ont pu rentrer. Dans le Var, au 7e jour, le feu du massif du Gros Bessillon est « toujours dynamique, retors », à cause du mistral, avec 4 500 hectares parcourus. En Corse, le feu est toujours en cours, mais il a été « fixé » dans les Hautes-Alpes après 510 hectares. Sébastien Lecornu a prévenu : « Depuis le 6 juillet, 162 interpellations ont déjà eu lieu… (Les incendiaires) seront retrouvés, interpellés et répondront de leurs actes devant la justice ».



