Inondations historiques dans le Sud-Ouest : des records battus et une menace persistante
L'institut Vigicrue observe actuellement dans le Sud-Ouest des maximums relevés record et avertit que l'eau, qui avait pourtant commencé à baisser, pourrait remonter dès ce milieu de semaine. « Cela fait 31 jours d'affilée que l'on est sur des périodes de crues. Depuis 1959, on a jamais vu des sols autant gorgés d'eau qu'actuellement », a constaté ce lundi la ministre de la Transition écologique Monique Barbut lors d'un déplacement en Gironde.
Une situation critique dans plusieurs départements
Le département de la Gironde, ainsi que le Lot-et-Garonne, sont placés en vigilance rouge depuis cinq jours. Depuis lundi matin, la Garonne, sortie de son lit et débordant sur plusieurs centaines de mètres de large entre le nord d'Agen et le sud de Bordeaux, a entamé « une très légère et lente décrue » mais pourrait connaître « des rebonds » ces prochains jours, selon les autorités locales.
Au total, près de 1 600 personnes ont été évacuées dans ces deux départements coutumiers des inondations depuis le début de l'épisode spectaculaire jeudi, qualifié « d'historique » par de nombreux habitants. Selon Vigicrue, les maximums relevés sur le secteur de Cadillac sont supérieurs à ceux observés lors de la crue du 4 février 2021.
Une décrue temporaire et des précipitations inquiétantes
L'institut, qui qualifie dans son dernier bulletin la décrue de « temporaire », avertit que les « nouvelles précipitations » en cours lundi devraient entraîner « une reprise de la hausse des niveaux » des rivières dans tout le Sud-Ouest. « Les perturbations actives successives des dernières semaines ont créé des conditions propices à la formation de crues : niveaux des cours d'eau élevés et humidité des sols très élevée sur l'ensemble du pays », explique Vigicrue.
À 16 heures, la Garonne avait faiblement baissé, après avoir atteint des niveaux alarmants :
- 9,85 mètres à La Réole en Gironde
- 96,40 à Agen
- 9,06 à Tonneins
- 9,58 à Marmande dans le Lot-et-Garonne
Des risques étendus sur la façade ouest
Autour de Bordeaux, la conjonction des précipitations et des grandes marées, attendues de mercredi à samedi inclus, laissent craindre de nouveaux débordements, notamment sur la rive droite et la presqu'île d'Ambès. En Charente-Maritime, à Saintes, la Charente a aussi débordé. Dans ce département, le pic du fleuve est attendu pour le milieu de la semaine, sans battre le record historique de 1982, selon le maire de Saintes, Bruno Drapon.
La zone d'alerte s'étend : le Maine-et-Loire est passé lundi après-midi en vigilance rouge crues. Angers et ses vallées basses devraient connaître mardi des « débordements majeurs » de la Maine, a averti Vigicrues.
Un phénomène lié au changement climatique
Sur toute la façade ouest et sud du pays, où 14 départements ont également été placés en vigilance orange pour risque de crue après « une succession de perturbations », « des débordements importants et majeurs sont en cours ou attendus dans les prochaines 24 heures ».
Selon les scientifiques du Giec, les précipitations vont devenir plus fréquentes et plus intenses en raison de l'évolution du climat, ce qui augmentera les inondations au niveau local. « Statistiquement, on est en train de vivre ce qui est le futur, c'est-à-dire des hivers plus humides et donc plus d'inondations », souligne l'hydrologue de l'Université de Rennes Pierre Brigode.
Des conséquences matérielles importantes
Dans le Sud-Ouest, environ 21 000 clients sont toujours coupés d'accès internet, selon Orange, et 35 000 foyers toujours privés d'électricité depuis mercredi soir et le passage de la tempête Nils, selon Enedis. Ces chiffres illustrent l'ampleur des perturbations causées par cet épisode météorologique exceptionnel qui touche durablement les infrastructures et la vie quotidienne des populations concernées.



