Saintes 1994 : quand la Charente submergeait la ville et Mitterrand arrivait en barque
Inondations 1994 : Saintes sous les eaux, Mitterrand en barque

La Charente en furie : Saintes submergée par la deuxième "crue du siècle"

Début janvier 1994, la Saintonge connaissait un épisode dramatique qui allait marquer durablement les mémoires. La Charente, débordante, montait inexorablement, laissant les habitants de Saintes impuissants face à la montée des eaux. Cette deuxième "crue du siècle" survenait à peine onze ans après celle, déjà exceptionnelle, de décembre 1982, créant un sentiment de déjà-vu particulièrement angoissant pour la population.

Des records historiques frôlés

L'histoire retiendra que la crue de janvier 1994 a frôlé le record établi le 25 décembre 1982. En cette journée de Noël mémorable, le niveau du fleuve avait atteint 6,84 mètres pour une cote d'alerte fixée à seulement 4 mètres. Le 10 janvier 1994, le pic de crue fut mesuré à 6,67 mètres à l'échelle du pont Palissy, à Saintes, confirmant l'ampleur exceptionnelle de l'événement.

Les monuments emblématiques de la ville furent directement touchés : l'arc de Triomphe de Germanicus avait les pieds dans l'eau, tandis que les arènes gallo-romaines s'étaient transformées en véritable bassine. Les commerces de l'avenue Gambetta subissaient le même sort, plongés sous les eaux boueuses de la Charente en furie.

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Un bilan humain et matériel lourd

Dans les rues de Taillebourg et Pont-Amilion, des habitants mesuraient jusqu'à 1,40 mètre d'eau dans leurs habitations les plus exposées aux caprices du fleuve. À Taillebourg, la cote record de 1982 fut bel et bien battue, témoignant de la violence particulière de cette nouvelle crue.

Aux Gonds, là où la Seugne et la Charente se rejoignent, la moitié des 440 habitations furent envahies par l'eau, nécessitant l'évacuation de 110 d'entre elles. À Courcoury, une dizaine de résidents de la maison de retraite durent être évacués par hélicoptère, opération délicate dans des conditions météorologiques difficiles.

Plus en amont, Cognac pataugeait également dans l'eau, montrant que l'ensemble du bassin de la Charente était touché par cette catastrophe naturelle d'ampleur régionale.

Le plan Orsec déclenché

Face à l'ampleur de la catastrophe, le préfet de Charente-Maritime déclencha le plan Orsec le 8 janvier 1994. Le bilan final fut particulièrement lourd : pas moins de 2 000 maisons avaient été inondées entre Angoulême et Saintes, un chiffre presque équivalent à celui de 1982. Dans la seule commune de Saintes, 400 habitations subirent les assauts des eaux.

Le maire de l'époque, Michel Baron, qui avait déjà connu la crue centennale de 1982, estimait les dégâts à un minimum de 8 millions de francs, somme considérable pour l'époque.

La visite présidentielle de François Mitterrand

Samedi 8 janvier 1994, Saintes, coupée du monde mais animée d'une grande solidarité, accueillait le chef de l'État dans des circonstances exceptionnelles. François Mitterrand arriva par l'entremise de son ancien ministre de l'Intérieur et élu saintais, Philippe Marchand, pour une visite présidentielle à défaut d'être providentielle.

Le président traversa la ville en barque, geste fort qui témoignait de la solidarité nationale face à cette catastrophe. Les images de ce déplacement inhabituel firent le tour des médias et marquèrent les esprits.

Les superstitieux remarqueront qu'à partir du passage de François Mitterrand, qui connaissait bien le fleuve pour avoir grandi auprès de lui à Jarnac, la Charente eut la bonne idée de commencer à baisser, comme si la présence présidentielle avait apaisé les eaux déchaînées.

Un traumatisme durable pour les riverains

Alain Malterre, le pugnace président de l'Association des riverains de la Charente et de ses affluents, témoigne avec émotion : "Ceux qui connaissent une inondation ne peuvent pas l'oublier. Les nouveaux riverains, eux, ne veulent souvent pas nous croire quand on leur explique."

La crue s'était manifestée à partir du 21 décembre 1993, charriant dès lors son lot de détresses et d'angoisses pour les populations riveraines. Ce traumatisme collectif allait influencer durablement les politiques de prévention dans la région.

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Les mesures de prévention mises en place

Le plan de prévention de 2011

Les personnes qui s'installent en bord de Charente sont désormais censées ne pas ignorer les risques grâce au PPRNI (plan de prévention des risques naturels d'inondation). La dernière mouture de ce dispositif a été approuvée par arrêté préfectoral le 21 décembre 2011, près de vingt ans après les inondations de 1994.

Un nouveau programme d'actions

En mars 2013, la préfète Béatrice Abollivier s'était déplacée à Saintes pour cosigner un nouveau Papi (programme d'actions de prévention contre les inondations) concernant Saintes et ses environs. Ce programme ambitieux prévoit notamment de désenvaser la Charente à hauteur de Saint-Savinien, une opération complexe qui nécessite des études préalables pour déterminer où déposer les boues extraites.

Ces mesures de prévention, fruits des enseignements tirés des crues de 1982 et 1994, visent à protéger durablement les populations riveraines contre les caprices d'un fleuve qui, malgré sa beauté, peut se révéler redoutable lors des épisodes de fortes précipitations.

Les inondations de janvier 1994 restent ainsi dans les mémoires comme un événement marquant de l'histoire récente de la Saintonge, rappelant la vulnérabilité des territoires face aux forces de la nature et l'importance d'une prévention efficace pour protéger les populations et leur patrimoine.