Kevin Warsh confirmé à la tête de la Fed malgré les doutes sur son indépendance
Kevin Warsh confirmé à la tête de la Fed

Le Sénat américain a confirmé mercredi la nomination de Kevin Warsh à la présidence de la Réserve fédérale (Fed), la puissante banque centrale des États-Unis, malgré les inquiétudes de l’opposition sur son indépendance face à Donald Trump. Kevin Warsh, âgé de 56 ans, n’a plus qu’à prêter serment avant de prendre définitivement ses fonctions pour un mandat de quatre ans. Sa nomination a été approuvée par 54 votes contre 45. La plupart des élus démocrates ont voté contre, doutant de sa capacité à résister aux pressions de Donald Trump, qui souhaite des taux d'intérêt plus bas pour stimuler l’économie américaine. Le président balaie d’un revers de main la poussée inflationniste actuelle, que la Fed est censée contenir.

Un parcours sous surveillance

Avant le vote, le sénateur démocrate Chris Van Hollen a déclaré : « Les Américains méritent de savoir clairement si M. Warsh est déterminé à défendre la Fed en cette période d’attaques sans précédent et de pressions politiques de la part de la Maison Blanche. » Il a ajouté : « J’espère qu’il agira en toute indépendance et qu’il prendra des décisions fondées sur des faits et des preuves, même lorsque ces décisions iront à l’encontre des volontés du président. »

La chambre haute, où le camp présidentiel est majoritaire, avait déjà validé mardi l’entrée de Kevin Warsh au conseil des gouverneurs de la Fed pour quatorze ans. Donald Trump avait envisagé de le nommer au sommet de l’institution monétaire dès 2018, avant de lui préférer Jerome Powell, renouvelé sous le démocrate Joe Biden, dont la présidence s’achève vendredi. Trump a rapidement regretté ce choix et l’a fait savoir en multipliant les injures et pressions à l’encontre de Jerome Powell. De nombreux observateurs prédisent à Kevin Warsh le même sort s’il n’abaisse pas les taux directeurs.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Cependant, si le président de la Fed est une voix très influente, son vote ne pèse pas plus lourd que celui des onze autres personnes qui votent sur la politique monétaire des États-Unis. La plupart sont aujourd’hui focalisées sur l’inflation, qui s’éloigne rapidement de l’objectif de 2 % en raison du choc énergétique provoqué par la guerre au Moyen-Orient. Les prix à la consommation ont augmenté en avril à un rythme inédit depuis près de trois ans (+ 3,8 % sur un an).

Une institution en pleine mutation

Kevin Warsh présidera sa première réunion de politique monétaire les 16 et 17 juin. Il retrouve une institution qu’il a déjà connue en tant que simple gouverneur (2006-2011) et siégera aux côtés de responsables dont il a sévèrement critiqué les choix. Le premier d’entre eux est Jerome Powell, qui a passé huit ans à la tête de la Fed et a décidé de rester au conseil des gouverneurs, où il peut siéger jusqu’en janvier 2028. L’institution représente une forme de protection pour celui que Donald Trump a pris en grippe. Il y a également la gouverneure Lisa Cook, que le président américain a aussi tenté d’éjecter, une affaire sur laquelle la Cour suprême doit prochainement se prononcer.

Lors de son audition par les sénateurs le mois dernier, Kevin Warsh a affirmé : « Je ne pense pas que l’indépendance de la politique monétaire soit menacée lorsque des élus expriment leur point de vue sur les taux. L’indépendance de la Fed dépend de la Fed elle-même. » Les investisseurs accueillent plutôt bien son arrivée à la Fed. Ils se rappellent qu’il a été un banquier central « faucon », soucieux de l’inflation, et pensent qu’il ne défendra pas des baisses de taux injustifiées. « Warsh pourrait peut-être voter pour une baisse des taux, explique Mark Zandi, économiste à Moody’s, mais il sait qu’il ne l’emportera pas, car il n’y aura que son vote, peut-être un autre, et tous les autres ne voudront pas bouger, voire voudront commencer à relever les taux », compte tenu de l’inflation.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale