Pour la première fois depuis le déclenchement de l'incendie il y a une semaine, les secours affichent un optimisme prudent. Stabilisé depuis dimanche 26 juillet à 42 000 hectares, le plus important feu survenu en France depuis 1949 bénéficie enfin d'une météo plus favorable. « La nuit a été plutôt calme. Ce matin, le feu est toujours stabilisé. La surface brûlée n'a pas évolué (42 000 hectares) », a annoncé la préfecture de la Gironde dans son point de situation ce jeudi 30 juillet à 6 heures. Six foyers actifs restent toutefois sous surveillance, principalement sur le secteur dunaire entre le Grand-Crohot (commune de Lège-Cap-Ferret) et Le Porge, ainsi qu'au sud du lac de Lacanau.
Un optimisme prudent
Après un pic de chaleur mercredi 29 juillet, marqué par des températures supérieures à 42 °C dans le Sud-Ouest, la vigilance orange canicule a été levée à 6 heures ce jeudi matin. Quelques averses ont été observées sur le littoral et le taux d'humidité a atteint 80 % au lever du jour, des conditions qui facilitent le travail des secours avant des températures maximales comprises entre 27 °C sur la côte et 34 °C à Bordeaux. « Avec 80 % de taux d'humidité dans l'air ce matin, la situation est beaucoup plus acceptable », explique à l'AFP le commandant Matthieu Jomain, officier communication du Sdis 33. Tout en se disant « raisonnablement optimistes », les pompiers refusent de crier victoire : « Même si les voyants s'allument progressivement en vert, [il faut] rester prudent. 42 000 hectares, ça ne s'arrête pas comme ça. »
Le retour progressif des évacués
La principale évolution de ce début de journée concerne le retour des habitants. Après évaluation des conditions de sécurité, la préfète de Gironde, Sophie Brocas, a autorisé ce jeudi 30 juillet la réintégration de neuf nouvelles communes : Mios, Le Barp, Cestas, Saint-Jean-d'Illac, Martignas-sur-Jalle, Saint-Médard-en-Jalles, Saint-Aubin-de-Médoc, Salaunes et Sainte-Hélène. Cette décision concerne 84 000 habitants. Ces communes s'ajoutent au Haillan, à Mérignac et à Eysines, où 57 000 habitants avaient déjà été autorisés à rentrer depuis mardi 28 juillet. La préfecture prévient toutefois que « si les conditions de sécurité venaient à l'exiger, de nouvelles mesures d'évacuation pourraient être envisagées » et demande aux habitants de ne pas couper leur téléphone, de rester extrêmement vigilants et de se préparer à une éventuelle nouvelle évacuation.
Ce sont donc 141 000 sinistrés qui peuvent réintégrer leurs communes, sur les 220 000 évacuées de manière préventive dans 24 communes depuis le début de l'incendie le 22 juillet. 62 campings ont aussi été vidés de leurs 50 000 vacanciers en Gironde et dans les Landes. Autre symbole d'un retour (très) progressif à la normale, la préfecture a annoncé la réouverture de l'autoroute A63 dans les deux sens de circulation à partir de 14 heures ce jeudi 30 juillet.
Conséquences économiques et mobilité
Sur le plan économique, le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a indiqué sur France Inter que le nombre de salariés empêchés de travailler était passé de 82 000 à 61 500. Environ 4 000 établissements ont rouvert sur les 23 000 fermés ou évacués. Les perturbations ferroviaires restent en revanche importantes, la SNCF maintenant jusqu'à dimanche la suppression des trains vers Arcachon, Hendaye et Tarbes (via Dax).
Mobilisation toujours intense
L'amélioration des conditions météorologiques ne marque pas la fin des opérations. Les missions de « noyage et d'extinction des foyers résiduels » se poursuivent afin de « pouvoir fixer définitivement ce feu dans les délais, on l'espère, les plus courts », indique le commandant Matthieu Jomain. Environ 3 300 sapeurs-pompiers restent mobilisés, épaulés par plus d'une vingtaine d'aéronefs de la Sécurité civile, des camions lanceurs d'eau de la police nationale, des blindés Centaure de la gendarmerie, ainsi que des bénévoles et des agriculteurs. Le chantier des 127 kilomètres de coupes tactiques (pare-feux), mené par la DFCI, est désormais quasiment achevé.
Le bilan humain reste lourd. Selon la préfecture, 230 sapeurs-pompiers ont été blessés depuis le début des opérations. « Traiter toutes les lisières et traiter tous les points chauds à l'intérieur est une opération qui va encore durer plusieurs jours », prévient le directeur du Sdis 33, Marc Vermeulen. Même lorsque l'incendie sera fixé, le risque ne disparaîtra pas totalement. « Le feu va continuer à couver », rappelle à l'AFP le lieutenant Cyril Venière, évoquant le phénomène de « feu zombie » et soulignant que celui de Landiras, en 2022, « est resté chaud pendant deux ans ».
La menace se déplace vers le Sud-Est
Alors que la situation s'améliore sur la façade atlantique, la vigilance orange canicule concerne désormais les Alpes-de-Haute-Provence, les Hautes-Alpes, les Alpes-Maritimes, le Var, le Vaucluse ainsi que l'ensemble de la Corse. « Les températures les plus chaudes se déplacent vers l'est », a résumé sur France Inter la présidente de Météo-France, Virginie Schwarz. Dans le Var, l'incendie de Brignoles, qui avait entraîné l'évacuation de quelque 650 personnes, a été « fixé à minuit et maîtrisé à 3 heures du matin » après avoir parcouru 130 hectares. En Côte-d'Or, un feu demeure, selon la préfète Violaine Demaret, « contenu et stabilisé mais pas fixé » près de Dijon après avoir parcouru 150 hectares. Une reprise de feu a également été fixée dans la nuit dans la forêt de Fontainebleau, tandis que des foyers restent surveillés dans les Hautes-Alpes, en Haute-Corse et dans les Landes.
À l'échelle nationale, la saison 2026 bat déjà tous les records. Selon le système européen Effis, 92 000 hectares ont brûlé depuis le début de l'année, un niveau inédit en vingt ans de mesures satellitaires. Le gouvernement recense pour sa part 116 085 hectares brûlés et 13 566 départs de feu depuis janvier.



