Deux sapeurs-pompiers du Gard, le lieutenant David Laubry et le capitaine Philippe Torres, ont été mobilisés fin juillet sur les incendies hors normes qui ont ravagé la Gironde et les Landes. Au total, plus de 46 000 hectares sont partis en fumée, mobilisant plus de 3 000 sapeurs-pompiers. Ils racontent des conditions d'intervention extrêmes et rendent hommage à la solidarité des habitants.
Un paysage de désolation en Gironde
En Gironde, où près de 42 000 hectares ont brûlé, le lieutenant David Laubry, adjoint du chef de centre à la caserne des Angles, a assuré la relève du 29 au 31 juillet avec son équipe de sept sapeurs-pompiers. Leur camion-citerne de 9 000 litres d'eau était dédié à la lutte contre les reprises de feu. « On était un peu inquiet en arrivant, car il faisait 42 degrés avec un petit vent, vraiment propice aux reprises », témoigne-t-il. La chaleur accumulée dans le sol a effectivement provoqué plusieurs reprises, rapidement maîtrisées grâce aux nombreux moyens engagés. Mais le paysage est marquant : « Quand sur des kilomètres, que ce soit à droite ou à gauche, on voit tout brûlé, on se dit que ça a vraiment été la catastrophe. On a tous pensé à nos collègues mobilisés dès le départ. »
Dans les Landes, protéger les habitations
À quelques kilomètres, dans les Landes, le capitaine Philippe Torres, de la caserne de Nîmes, a commandé 240 sapeurs-pompiers du 23 au 27 juillet lors de l'incendie qui a parcouru près de 4 000 hectares vers Biscarrosse. Avec son groupe de défense urbaine et forêt, il devait protéger les habitations menacées par plusieurs reprises de feu. Si 200 maisons ont été réduites en cendres, l'intervention a permis d'en préserver une cinquantaine. « Les flammes menaçaient également une entreprise où se trouvaient des salariés », ajoute-t-il. Son équipe a aussi combattu des départs de feux importants avec des flammes atteignant 20 mètres, nécessitant des renforts aériens. « La chaleur peut générer jusqu'à 2 000 kW. À cette puissance thermique, la lance à main classique est inefficace », précise le capitaine Torres.
Des conditions physiques extrêmes
Les interventions sont éprouvantes physiquement. « Les premiers instants, c'est épuisant, car notre tenue nous protège mais tient extrêmement chaud. Cela peut provoquer une hyperthermie maligne d'effort », explique le lieutenant Laubry, une pathologie potentiellement mortelle. Ces feux « dépassent toutes les normes », accentués par la sécheresse extrême, les rafales de vent et une hygrométrie très faible. Malgré les formations, « ça reste des situations extraordinaires », rappelle le capitaine Torres. Lors de ces mégafeux, deux sapeurs-pompiers ont perdu la vie. « Notre position de chef nous oblige à garder ces drames en tête pour protéger nos hommes et jauger la balance bénéfice-risque », souligne le lieutenant Laubry.
Une entraide salvatrice
Le moral a été soutenu par l'élan de solidarité des agriculteurs, riverains et municipalités : acheminement d'eau, distribution de nourriture, mise à disposition de salles de repos. « On a été étonnés et satisfaits de cette entraide », exprime le lieutenant Laubry. « C'est important pour le moral, surtout quand la fatigue commence à se faire ressentir », complète le capitaine Torres. Avec peu d'heures de sommeil, ces jours resteront gravés. « Ce feu restera marqué à jamais dans nos esprits », assure-t-il. Prêts à repartir si nécessaire, alors qu'un nouvel épisode de canicule est annoncé pour la mi-août, ils concluent : « Il va falloir tenir sur la durée. »



