Le tribunal judiciaire d'Orléans rend ce vendredi 23 octobre son délibéré dans le procès du milliardaire Olivier Bouygues, poursuivi pour la destruction d'espèces d'oiseaux protégées sur son domaine de chasse de Fontenaille, en Sologne. À l'issue de l'audience tenue début septembre, la procureure de la République d'Orléans, Emmanuelle Bochenek-Puren, a requis cinq ans de prison avec sursis, une amende de 750 000 euros et une interdiction d'exercer toute activité en lien avec la chasse pendant cinq ans. Le prévenu, qui a toujours contesté les faits, risque une peine lourde si le tribunal suit ces réquisitions.
Des méthodes « interdites » et « barbares » selon la procureure
Lors de l'audience des 7 et 8 septembre, la procureure a décrit des méthodes « interdites » et « barbares » employées sur le domaine de Fontenaille, d'une superficie de 650 hectares à La Ferté-Saint-Aubin (Loiret). Les investigations, déclenchées après une dénonciation anonyme, ont permis de découvrir des « cadavres d'animaux en décomposition avancée », selon un membre de l'Office français de la biodiversité (OFB). Des photos d'un charnier, montrant des faucons crécerelles, des grandes aigrettes, des busards, des buses variables et des grands cormorans baignant dans leur sang, ont été diffusées à l'audience.
Olivier Bouygues a affirmé n'avoir « jamais vu » ce charnier, tout en reconnaissant en connaître l'existence, préférant le qualifier de « fosse écologique ». Il a également exprimé sa « surprise » au moment où il a été informé de l'ouverture d'une enquête l'année dernière, déclarant : « J'ai d'autres chats à fouetter que de gérer au quotidien » les affaires de la propriété. Son avocat, Me Éric Grassin, a jugé les réquisitions « excessives », dénonçant « une construction intellectuelle qui consiste à dire que l'employeur était au courant ».
Des pièges interdits et des primes versées
Les enquêteurs ont retrouvé sur le domaine des armes, une pelleteuse et une centaine de pièges à mâchoires, interdits depuis 1995. Ils ont également saisi des documents listant les espèces à éliminer et retraçant les destructions effectuées depuis des années. En contrepartie, des primes d'une centaine d'euros étaient versées. Selon le régisseur du domaine, Olivier Bouygues « ne voulait pas que ça soit rendu public ». L'un des prévenus a décrit une pratique « ancrée » en Sologne, deuxième massif forestier français et terrain de chasse prisé des grandes fortunes. Le régisseur a évoqué des « pratiques ancestrales », parlant de « régulation d'espèces qui menacent notre gibier ou notre poisson » plutôt que de destruction.
Outre Olivier Bouygues, cinq autres personnes sont jugées : le régisseur et des gardes-chasse du domaine. Pour eux, des peines d'un an à quatre ans d'emprisonnement avec sursis ont été requises, avec des amendes et des retraits temporaires du permis de chasse. La défense avait demandé l'annulation de la procédure en soulevant des exceptions de nullité et d'illégalité pour des « irrégularités » présumées, mais le tribunal n'a pas fait droit à ces demandes.
Une quinzaine d'associations parties civiles
Une quinzaine d'associations de protection de l'environnement se sont constituées parties civiles, ainsi que la Fédération départementale des chasseurs du Loiret, qui a évoqué un « préjudice d'image » pour la chasse. Toutes ont réclamé plusieurs dizaines de milliers d'euros au titre des préjudices écologique et moral. Le délibéré, attendu ce vendredi à 14 heures, tranchera sur la culpabilité du milliardaire et des autres prévenus, ainsi que sur les éventuelles sanctions et indemnités. Cette décision pourrait avoir un impact significatif sur la gestion des domaines de chasse privés en France et sur la protection des espèces protégées.