Coral Hart, écrivaine sud-africaine, assume avoir publié près de 400 livres avec l'aide de l'intelligence artificielle depuis février 2025. Elle affirme avoir dépassé le million d'exemplaires vendus et généré plus d'un million de dollars de chiffre d'affaires rien qu'en 2026, selon son estimation.
Des insultes aux menaces de mort
Sur les réseaux sociaux, les adjectifs « arnaqueuse », « scélérate », « diabolique » abondent pour qualifier Coral Hart, jusqu'aux pires insultes. Elle évoque des « dizaines de milliers » de messages haineux et de multiples menaces de mort. Ce pseudonyme est destiné à la protéger.
« J'ai choisi d'être celle qui se montre et dit : il faut avoir ces discussions » sur l'IA et l'écriture, explique-t-elle. Cette technologie « est là. […] Ils ne vont pas la débrancher parce que des auteurs l'ont décidé. » Avant de se lancer il y a 20 mois, elle avait accumulé quatorze ans d'expérience dans l'édition et écrit plusieurs dizaines d'ouvrages sans intervention de l'IA.
Une méthode de « prompting » perfectionnée
Coral Hart a mis trois mois à se familiariser avec les modèles d'intelligence artificielle et à bâtir une matrice capable de produire un livre. Elle jongle entre ChatGPT, « très bon sur les dialogues », Claude, « incroyable pour la prose », et Grok, « totalement désinhibé », recommandé pour les scènes érotiques.
« Si vous demandez seulement à ChatGPT ou Claude ''écris-moi un livre'' vous allez récupérer un truc catastrophique », dit-elle, « parce que vous ne lui avez rien donné. » Elle définit un concept d'histoire, un style, des personnages décrits avec précision, une liste de chapitres avec un résumé de leur contenu, puis « je génère le livre ».
« Quand j'ai démarré, on ne pouvait écrire qu'un paragraphe à la fois, et il me fallait deux ou trois prompts. Aujourd'hui, je peux avoir un premier jet en une fois », se souvient-elle. Grâce au perfectionnement des modèles, la qualité du rendu est « bien meilleure », selon elle. « La syntaxe s'est améliorée, la structure des phrases aussi. »
Des ventes massives et une PME en expansion
La première mouture, systématiquement « mauvaise » d'après l'écrivaine, passe par une moulinette IA qui harmonise, assure la continuité du récit et la cohérence des éléments factuels. Une seconde se concentre sur le style et la fluidité. Un relecteur humain peigne le contenu, revoit les détails et réécrit quelques passages.
Si l'un des romans est entré dans les cent meilleures ventes d'Amazon, l'immense majorité des 371 titres sont des produits de niche identifiés après une analyse approfondie du marché. Les ventes dépassent le million de livres au total, sous forme numérique, papier et audio.
Coral Hart dirige désormais une PME qui a formé plusieurs centaines de personnes à sa méthode et s'apprête à lancer un logiciel clé en main pour auteurs IA, baptisé Autorythm. Elle ne mentionne l'utilisation de l'IA que si la plateforme de vente l'y oblige.
Le débat sur le label IA
« Tout d'un coup, il faudrait que je dévoile mon processus créatif alors que pendant 16 ans, personne ne me l'a jamais demandé », fait valoir celle qui publie sous plus de dix noms de plume. Elle se dit prête à le faire « pour de bonnes raisons », mais s'y refuse pour l'instant. « Aujourd'hui, si je le dis, on va me haïr, ajouter mon nom à une liste et me menacer. »
Régulièrement taxée de contribuer à la « bouillie IA », elle renvoie au mètre étalon de l'édition. « Mes livres se vendent, insiste-t-elle. Les lecteurs ne lisent pas les mauvais livres, ils les renvoient », une option autorisée par Amazon.
Elle observe le débat autour de Thélyson Orélien, dont le roman a été retiré de la première sélection pour le prix Goncourt après des accusations de recours à l'IA, une utilisation confirmée mercredi par son éditeur. Elle rappelle les éloges des critiques littéraires et les ventes élevées avant la polémique. « Si le label IA vous fait détester un livre, dit-elle, est-ce que c'est l'ouvrage que vous rejetez, ou l'IA ? »