Fruits oubliés : les Croqueurs de pommes préservent un patrimoine vivant
Fruits oubliés : les Croqueurs de pommes préservent un patrimoine

Au domaine de Fabrégas, le quatrième Salon des plantes extraordinaires et des légumes oubliés a mis en lumière des fruits méconnus et des saveurs singulières. Organisé par la Ville avec la Métropole Toulon Provence Méditerranée et le Conservatoire du littoral, l'événement a associé découvertes botaniques et patrimoine alimentaire. Sur le stand des Croqueurs de pommes, l'association régionale a rappelé son objectif : « Sauvegarder toutes les variétés fruitières de notre région », selon Valérie Salogne-Ballester, présidente, et Christiane Martel, secrétaire.

Des pommes aux saveurs étonnantes

Derrière le nom de l'association se cache une richesse que les étals ne donnent qu'en partie à voir. Les deux bénévoles ont évoqué des pommes aux notes d'anis, de banane ou de fraise. Ces nuances montrent que conserver une variété ne revient pas seulement à préserver un nom. « L'industrie dirige les goûts », estiment-elles. Elles pointent les critères qui favorisent certaines pommes dans les circuits commerciaux : un calibre régulier, une jolie couleur, une peau résistante et une bonne aptitude au transport. À leurs yeux, cette sélection laisse moins de place à des fruits dont l'intérêt réside dans une saveur particulière.

Un verger conservatoire à Puyricard

À Puyricard, près d'Aix-en-Provence, leur verger conservatoire permet de maintenir ces variétés en culture. Les bénévoles recherchent des arbres anciens, identifient leurs fruits et greffent les variétés encore absentes de leur collection. La sauvegarde passe ainsi par des gestes concrets : reconnaître, multiplier, entretenir, puis transmettre. Le verger ouvre chaque mardi, avec des séances de taille, de greffage et de conduite d'un verger, ainsi que de la pomologie, l'étude des fruits et de leurs variétés.

L'oranger des Osages, une curiosité historique

Parmi les curiosités présentées, l'oranger des Osages a entraîné le visiteur bien au-delà des vergers provençaux. Son gros fruit vert, à la surface bosselée, rappelle une orange, mais Maclura pomifera appartient à la famille des mûriers et son fruit n'est pas comestible. Son nom conserve le souvenir des Osages, peuple autochtone d'Amérique du Nord qui utilisait son bois pour fabriquer des arcs. À la fois souple et résistant, ce matériau était particulièrement recherché. Le service américain des parcs nationaux rapporte qu'au début du XIXe siècle, un bon arc en bois d'oranger des Osages pouvait s'échanger contre un cheval et une couverture.

L'arbre a également servi de clôture vivante : ses branches épineuses, plantées en haies serrées, permettaient de contenir le bétail avant la diffusion du fil de fer barbelé. En France, son introduction en 1812 répondait à un autre espoir : nourrir les vers à soie avec ses feuilles. L'expérience échoua, mais l'arbre trouva sa place dans les parcs et les jardins comme espèce d'ornement.

Transmettre un patrimoine vivant

Les Croqueurs de pommes entretiennent cette mémoire en partageant leurs connaissances. Leur verger ouvre chaque mardi. Taille, greffage, conduite d'un verger et pomologie y donnent matière à apprendre. Une façon de faire vivre ce patrimoine au-delà d'une journée de salon, en permettant à d'autres de le cultiver à leur tour. « Puyricard, c'est un peu loin de Fabrégas ? Certains viennent pourtant de Nice nous voir une fois par mois ! » À bon entendeur.