Automne bouleversé : moustique-tigre et virus, l'adaptation s'impose
Automne bouleversé : moustique-tigre et virus, l'adaptation

Le dérèglement climatique bouleverse les saisons en France, avec des températures en yo-yo et une saison estivale qui s'étend, favorisant l'implantation durable du moustique-tigre et l'émergence de maladies tropicales comme la dengue, le chikungunya ou le virus Zika, selon des experts interrogés par 20 Minutes.

Des saisons qui ne ressemblent plus à celles d'avant

Après un printemps marqué par des records de chaleur historiques, l'automne semble lui aussi porté disparu. Ces dernières semaines, la météo a joué aux montagnes russes : après avoir frôlé les 30 °C début octobre, notamment dans le Sud-Ouest, le thermomètre a chuté brutalement. Un scénario qui s'est répété encore cette semaine, avec des températures estivales avant un nouveau plongeon spectaculaire ce week-end, ramenant le mercure autour de 12 °C en moyenne en métropole.

« Les saisons qu'on a actuellement ne ressemblent en rien aux saisons qu'on avait quand on était enfant, et encore moins aux saisons que les générations d'avant ont connues », explique à 20 Minutes Matthieu Sorel, climatologue à Météo-France. « Désormais, on a un hiver qui n'est plus très froid et un été beaucoup plus chaud qui s'étale de plus en plus sur la fin du printemps et le début de l'automne. C'est clairement une tendance de fond, sous l'effet du changement climatique, la saison estivale prend de plus en plus de place dans le calendrier. »

Le moustique-tigre, nouveau vecteur de maladies

Ce grand écart permanent, sans « intersaisons », joue-t-il sur notre santé ? Pour la virologue Anne Goffard, enseignante-chercheuse au CHU de Lille, « le dérèglement climatique a déjà un impact en France. On a vu apparaître des maladies qui n'existaient pas sur le territoire, à savoir la dengue, le chikungunya et, plus rarement, des infections au virus Zika ». Un phénomène causé par l'implantation durable du moustique-tigre, favorisée par des températures moyennes plus élevées. Absent de l'Hexagone jusqu'au début des années 2000, ce moustique a désormais colonisé la quasi-totalité des départements français. Et la tendance ne va pas s'inverser : « Dans quatre ou cinq ans, il sera probablement présent partout », anticipe la virologue.

Les virus d'hiver ne disparaissent pas

Pour autant, l'émergence de ces maladies tropicales ne chasse pas nos bons vieux virus d'hiver : rhumes, grippe, Covid-19. « On n'a pas vu disparaître les autres infections virales, elles viennent plutôt se rajouter », résume Anne Goffard. À tel point qu'on a pu observer des « petites bouffées épidémiques » de grippe ou de Covid dès la rentrée de septembre malgré des températures frôlant les 30 °C. « Pour la grippe, on a été surpris parce qu'en général ce n'est pas avant novembre, voire décembre certaines années. C'est vraiment très lié aux températures, au froid », s'étonne le médecin. « En revanche, pour le Covid ou le rhume, ce n'est pas très surprenant. Tous les ans à la rentrée scolaire, quand les enfants et les adultes retrouvent la vie en collectivité dans des locaux pas toujours idéalement aérés, le virus circule à toute vitesse. Quand on est 30 ou 40 dans une salle et qu'un seul est enrhumé, deux jours après, tout le monde tousse. C'est habituel », rappelle à 20 Minutes la virologue.

Et comme ces vagues précoces de maladie le prouvent, ne comptez pas trop sur la douceur annoncée des hivers pour échapper aux nez bouchés en janvier. « Il suffit d'une petite baisse de température pour que le virus circule. Sur les virus respiratoires, le fait que les hivers soient moins froids ne va pas changer grand-chose », tranche Anne Goffard.

La sécheresse freine certaines épidémies

Paradoxalement, si le réchauffement et la douceur ne découragent pas les virus classiques, le dérèglement climatique peut parfois freiner certaines épidémies. « On s'attendait à une forte infection des virus Zika, chikungunya et dengue cet été. Mais, la sécheresse a été tellement violente qu'elle n'a pas permis la multiplication des moustiques », précise la médecin.

Déterminer le visage exact de notre paysage sanitaire dans les années à venir et anticiper les épidémies reste donc un défi. « Le dérèglement climatique aura un impact, mais savoir de quelle ampleur, c'est très difficile à dire aujourd'hui », conclut la virologue lilloise, qui appelle à une surveillance accrue de l'évolution des maladies infectieuses. En attendant, face au coup de froid brutal de ce week-end, le meilleur réflexe reste le plus classique : ressortir les gros pulls, aérer régulièrement les pièces et surveiller son calendrier de vaccination.