Londres : le zéro déchet, un objectif ambitieux mais progressif
Londres : le zéro déchet, un objectif ambitieux

Londres s'est fixé un objectif ambitieux : devenir une ville « zéro déchet » d'ici 2050. Pour y parvenir, la capitale britannique mise sur le recyclage et la valorisation énergétique de ses déchets. Dans le quartier de Bermondsey, à Southwark, les habitants trient leurs déchets comme la plupart des citadins européens. Mais ici, les déchets collectés sont ensuite transportés vers une usine intégrée de gestion des déchets, où ils sont triés, recyclés ou valorisés.

L'usine de Southwark : un modèle d'économie circulaire

Sur le site de Southwark, les matériaux recyclables (verre, emballages, papiers, cartons) sont conditionnés pour être réemployés. Les déchets organiques sont biodégradés et transformés en compost, disponible gratuitement pour le public. Un bras robotisé doté d'intelligence artificielle trie le papier, le carton, les plastiques mélangés et les briques de boisson, ne laissant que l'aluminium pur. Cette machine collecte entre 35 et 50 objets par minute, permettant de réutiliser l'aluminium dans des industries vertes comme la fabrication d'éoliennes ou de voitures électriques.

Les déchets non recyclables sont valorisés en combustible pour le réseau électrique national et fournissent de l'eau chaude à 2 650 logements sociaux. Grâce à l'extension du réseau de chauffage urbain, cela représente une réduction de 14 000 tonnes de CO2 par an, un taux de recyclage de 67 % et un chauffage 10 % moins cher pour les résidents. Le council de Southwark souhaite étendre ce modèle à deux nouveaux secteurs, Old Kent Road et Peckham, intégrant 7 000 nouveaux foyers dans l'économie circulaire.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Les défis du zéro déchet à Londres

Le maire de Londres, Sadiq Khan, a fixé l'objectif de recycler 65 % des 7 millions de tonnes de déchets produits chaque année par 10 millions de Londoniens d'ici 2026. Cet objectif est encore loin d'être atteint, mais la ville progresse : un tiers du contenu des poubelles est désormais trié et valorisé, contre moins de 5 % en 2003. Cependant, les 32 arrondissements appliquent des politiques de gestion des déchets très différentes, ce qui entraîne des résultats inégaux.

Pour améliorer le taux de recyclage, les comportements des entreprises et des habitants sont cruciaux. De nombreux arrondissements sont passés de la mise en décharge à la valorisation énergétique pour les déchets non recyclables. À Southwark, les déchets non recyclables sont transformés en combustible pour l'unité SELCHP (South East London Combined Heat and Power), qui produit de la chaleur et de l'électricité. Cette méthode réduit l'occupation des sols et les émissions de gaz à effet de serre.

Des campagnes de sensibilisation et une standardisation du tri

Des campagnes de communication sont régulièrement organisées pour sensibiliser les habitants de Southwark. L'usine dispose d'une zone pédagogique pour expliquer ce qui peut être recyclé. Depuis le 31 mars, une loi impose à toutes les municipalités du Royaume-Uni d'adopter une répartition en quatre bacs : déchets alimentaires et de jardin, papier et carton, autres déchets secs recyclables, et autres déchets non recyclables. Cette standardisation vise à dépasser les 65 % de taux de tri d'ici 2035.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Le point de vue de l'expert

Richard Kirkman, PDG Europe du Nord chez Veolia, explique : « Sur le site de Southwark, nous recyclons tout ce qui peut l’être grâce à des collaborateurs, des machines et des robots qui apprennent en permanence de meilleures techniques, avec l’aide de l’Intelligence Artificielle. Les déchets verts sont transformés en compost, qui est ensuite revendu à la communauté locale. Quant aux déchets résiduels, ils sont valorisés pour produire de l’électricité et de la chaleur. L’électricité sert à recharger les véhicules qui assurent ensuite la collecte des déchets. En d’autres termes, l’énergie issue des déchets permet de collecter à nouveau ces mêmes déchets. La chaleur, elle, est réinjectée dans le réseau urbain afin de chauffer les logements de la ville. Le système est évolutif : nous pouvons augmenter les volumes recyclés, développer le compostage ou encore améliorer la valorisation énergétique, au fur et à mesure de l’évolution de la nature des déchets. Ce site est unique en son genre : il rassemble en un seul lieu le recyclage des matériaux, la valorisation, l’optimisation de l’approche circulaire et la réutilisation de la chaleur et de l’électricité au service du réseau local de collecte. C’est un modèle pour une ville moderne. »