Le marc de raisin, sous-produit de la vinification, devient une matière première d'exception pour la parfumerie de luxe. La distillerie industrielle de Vauvert, exploitée par l'Union des distilleries de la Méditerranée (UDM), a développé un alcool surfin baptisé Uveol, en collaboration avec la start-up La Fabrique Végétale. Ce projet a nécessité trois ans de recherche et de mise au point, pour aboutir à un alcool neutre d'une pureté exceptionnelle, déjà adopté par une grande maison internationale de parfumerie.
Un alcool surfin pour les fragrances de luxe
Produit à partir du marc de raisin, Uveol se distingue par sa neutralité olfactive. L'objectif était d'obtenir un alcool avec le moins d'impuretés possible, condition essentielle pour ne pas altérer les fragrances. « Le développement a duré trois ans pour cette nouvelle génération d'alcool », explique Laura Tabourin, responsable du site UDM de Vauvert. « L'objectif était de créer un nouveau marché pour se diversifier et atteindre la valorisation totale des sous-produits viticoles. »
L'alcool représente jusqu'à 80 % de la composition d'un parfum. Malgré son rôle discret, il détermine la diffusion des senteurs, leur intensité et leur tenue sur la peau. Un alcool de qualité médiocre peut ruiner l'équilibre d'une fragrance. « L'alcool a été longtemps considéré comme un simple élément technique. Aujourd'hui, il fait partie de l'enjeu olfactif et environnemental », souligne Laura Tabourin.
Un procédé de rectification poussé
Pour produire Uveol, l'usine utilise une immense colonne de rectification divisée en tronçons. Ce dispositif permet d'obtenir un alcool neutre, débarrassé de ses impuretés. Chaque lot est rigoureusement contrôlé : un échantillon d'un litre est prélevé et validé avant expédition en citernes de 300 hectolitres. La production annuelle atteint 80 000 hectolitres, et plus de 500 000 litres ont déjà été commercialisés auprès de la grande maison de parfumerie cliente.
La Fabrique Végétale, co-conceptrice du produit, est une société d'open innovation spécialisée dans les matières premières issues de la chimie verte, destinées à la cosmétique et à la parfumerie. Son cofondateur, Lionel Bernard, insiste sur la dimension environnementale : « Le produit est extrêmement vertueux. Nous sommes dans le cœur du sujet avec la loi du 21 juillet dernier sur les pesticides. C'est un enjeu pour la filière viticole française. »
Valorisation totale des résidus viticoles
L'UDM, anciennement Finedoc, est la plus ancienne entreprise industrielle de Vauvert, s'étendant sur 17 hectares. Elle valorise 99 % des résidus apportés par les vignerons : marcs, lies, pépins de raisin, acide tartrique. Chaque année, 150 000 tonnes de marc et 220 000 hectolitres de lie de vin sont transformés. Les pépins et la pulpe sont séchés puis broyés pour produire de l'huile et des engrais. Les rafles et autres déchets partent au compost, tandis que la matière organique est convertie en engrais liquide pour les adhérents.
La production d'Uveol a démarré modestement en 2023, mais l'UDM prévoit d'augmenter les volumes. L'activité reprendra mi-août, avec le début des vendanges. Cette année, la collecte du marc commencera une semaine plus tôt en raison de l'avancement des récoltes. « Les quantités ne sont jamais totalement prévisibles entre la sécheresse et les arrachages, mais on sait à plus ou moins 3 000 tonnes ! », conclut Laura Tabourin.



