Mars 2004 : le maire de Verteuil-d’Agenais interdit le Régent TS, un acte pionnier contre les pesticides
Verteuil-d’Agenais interdit le Régent TS en 2004, une première

Un arrêté municipal historique contre un insecticide controversé

Le 25 mars 2004, Jean-Claude Blay, maire de Verteuil-d’Agenais, prend une décision sans précédent dans le département : il interdit par arrêté municipal l’utilisation du fipronil, commercialisé sous le nom de Régent TS, sur le territoire de sa commune. Cette initiative, motivée par la toxicité du produit pour les abeilles et les humains, ainsi que par les incohérences des autorités nationales, marque un tournant dans la lutte locale contre les pesticides.

Les motivations d’une décision courageuse

Dans son arrêté, Jean-Claude Blay explique que sa décision repose sur deux piliers. D’une part, la toxicité avérée du Régent TS, qui menace gravement la faune, notamment les abeilles, et la santé humaine. D’autre part, il dénonce l’incohérence du ministère de l’Agriculture, qui reconnaît la dangerosité du produit tout en autorisant l’écoulement des stocks pour la campagne 2004. Le maire affirme : « Ma conscience d’être humain et mon devoir d’élu me conduisent à prendre cette décision. » Il souligne également la nécessité pour le monde agricole de prendre conscience des risques et pour les élus d’assumer leurs responsabilités.

Un contexte local marqué par des précédents environnementaux

Cette action n’est pas isolée. Trois ans plus tôt, Verteuil-d’Agenais avait déjà été confrontée à un scandale environnemental impliquant le Gaucho, un autre insecticide accusé de décimer les abeilles. Des semences enrobées de ce produit, périmées, auraient été répandues sans précaution dans un champ, entraînant une interdiction préfectorale et un procès en cours. Jean-Claude Blay qualifie son arrêté de « acte symbolique », reconnaissant qu’il pourrait lui attirer des problèmes, mais insistant sur le devoir des élus de terrain face aux défis environnementaux croissants.

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Un arrêté rédigé avec l’aide des apiculteurs

L’arrêté du 25 mars 2004 a été en réalité prérédigé par des apiculteurs, qui ont envoyé un modèle type à plusieurs élus. Ce texte, noté pour son argumentaire précis contrastant avec la prose habituelle des municipalités, s’appuie sur le pouvoir du maire à prendre des mesures plus sévères que les polices spéciales de l’État en cas de carence de ce dernier. Il interdit spécifiquement, du 25 mars au 31 mai 2004, l’emblavement de surfaces avec des semences de tournesol ou de maïs enrobées de fipronil, tout en autorisant d’autres produits sous conditions strictes.

Un rappel judiciaire et des implications plus larges

L’arrêté mentionne également que la société BASF Agro SAS, productrice du Régent TS, a été mise en examen en février 2004 pour mise en vente de produits toxiques. Cette décision municipale s’inscrit ainsi dans un contexte de vigilance accrue face aux pratiques agricoles nocives. Jean-Claude Blay, contacté à l’époque, précise que l’arrêté n’a pas été adopté à l’unanimité au Conseil municipal, certains opposants invoquant les droits des agriculteurs ayant acheté les semences incriminées.

En somme, l’arrêté de Verteuil-d’Agenais représente un jalon important dans la mobilisation locale contre les pesticides, illustrant le rôle crucial des élus dans la protection de l’environnement et la santé publique, face aux lacunes perçues des autorités nationales.

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