Lherm : première commune de France à interdire la chasse sur ses terrains
Lherm : première commune de France à interdire la chasse

Le village de Lherm, en Haute-Garonne, est devenu la première commune de France à obtenir le retrait de ses terrains communaux du territoire de chasse. Cette décision, qui prendra effet en janvier 2028, concerne une cinquantaine d'hectares, dont le bois des Escoumes, un espace très fréquenté par les habitants. Le maire, Frédéric Pasian (divers gauche), explique avoir agi après plusieurs incidents et tensions entre chasseurs et administrés.

Une procédure longue et complexe

L'interdiction de la chasse n'était pas initialement dans le programme de Frédéric Pasian. Tout a basculé il y a cinq ans, lorsqu'un gérant d'entreprise l'a appelé, furieux, après qu'une balle a failli atteindre un de ses salariés. « Il m'a dit : “Venez voir, mon salarié a failli mourir abattu devant l'entreprise” », raconte l'élu. Il s'est alors remémoré des accidents antérieurs, notamment celui d'un cycliste touché à l'épaule en 2009 dans le bois, ainsi que des drames nationaux comme la mort de Mélodie Cauffet dans le Cantal en 2022 et celle de Morgan Keane dans le Lot en 2020. Des administrés ont également signalé des incidents avec des chasseurs et des tensions autour de la distance entre les battues et les habitations. « Là, je me suis dit, il y a quand même un problème », se souvient l'édile.

Frédéric Pasian a d'abord pris des arrêtés au nom de la sécurité publique, mais ils ont été rejetés. Il s'est alors tourné vers l'article 422-10 du Code de l'environnement pour demander le retrait de plusieurs terrains communaux de l'ACCA (association communale de chasse agréée). Sa première procédure a échoué faute d'avoir envoyé à temps l'accord du conseil municipal. « Le maire ne peut pas agir seul, explique-t-il. Seul le conseil municipal est compétent pour faire une demande d'opposition. » Une deuxième requête, déposée en bonne et due forme en septembre 2025, a abouti : la Fédération des chasseurs a accepté le retrait des terrains communaux de l'ACCA.

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Un bois « sanctuarisé » pour les habitants

Sur les 50 hectares concernés, seuls 29 sont effectivement ouverts à la chasse, principalement ceux du bois des Escoumes. « C'est l'espace vert devant l'école, le terrain de football… Et le fameux bois des Escoumes. La volonté de la commune c'était de sanctuariser ce bois », insiste Frédéric Pasian. Ce bois, décrit comme le poumon vert du village, abrite des sentiers de randonnée, une aire de pique-nique et des installations de course d'orientation. Il était auparavant partagé avec les chasseurs en quête de chevreuils et sangliers.

La surface retirée de la chasse représente seulement 1,69 % des plus de 1 700 hectares de l'ACCA de Lherm. « Les chasseurs peuvent continuer leurs actions de régulation du gibier », assure le maire.

Une décision acceptée par les chasseurs

Sébastien Dejean, directeur de la fédération des chasseurs de Haute-Garonne, insiste sur le fait que cette affaire n'a pas été un bras de fer entre le maire et les chasseurs. « Nous assurons une mission de service public, et donc nous appliquons les protocoles que prévoit le Code de l'environnement », déclare-t-il. Pour lui, ce « choix philosophique » appartient à Frédéric Pasian. Il rappelle que les chasseurs avaient déjà fait l'effort de mettre le bois en réserve de chasse pour apaiser les tensions. « Il n'y a pas de rancœur particulière, parce que ce n'était pas un combat. Il faut respecter les avis de chacun. Nous, on n'est pas là pour persuader tout le monde », ajoute-t-il.

Frédéric Pasian, qui n'est pas chasseur, prêche également l'apaisement : « Moi, je ne suis pas chasseur. Je crois que l'homme a besoin de sauvage. On ne peut pas contrôler toute la biodiversité. Mais mon fils, par exemple, passe le permis de chasse. Eh ben j'en parle à table avec lui. »

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