Les stigmates persistants des crues historiques
Un mois après la décrue, les traces brunes du limon séché marquent encore les routes de Gironde et du Lot-et-Garonne, le long de la Garonne. Il faudra du temps et des averses pour effacer définitivement le souvenir des inondations de février 2026. Le fleuve a creusé des cratères géants dans les champs à Barie (33), Sénestis (47) ou Meilhan (47). Et bientôt, des trous béants dans les budgets des collectivités concernées.
Une facture plus lourde qu'en 2021
Les dégradations provoquées par cette crue historique n'ont pas encore été chiffrées à l'euro près, les bureaux d'études agréés étant débordés. La facture sera plus élevée qu'en 2021, confirme l'établissement public Garonne (EPG, ex-Smeag). La hauteur d'eau, le débit et la durée étaient supérieurs en 2026. « La décrue a été particulièrement lente, l'eau est restée plus d'une semaine par endroits. Les ouvrages de protection ont été mis à mal », explique l'établissement.
La rupture de la digue sur environ 140 mètres a provoqué la dévastation chez l'agricultrice Sonia Quendolo à Sénestis, mobilisant sapeurs-pompiers et militaires. Les secteurs de Marmande et Tonneins sont de loin les plus touchés.
Des collectivités sous pression financière
Sur les 90 kilomètres de digues gérées par l'Agglomération Val de Garonne, neuf brèches ont été dénombrées. La Communauté d'agglomération chiffre à 13,5 millions d'euros le montant des réparations, bien supérieur aux 6 millions dépensés en 2021.
Du côté de la Communauté de communes du Réolais, qui gère 28 kilomètres de digues, le devis s'élève à environ un million d'euros. Quatre brèches ont été ouvertes par le fleuve. « Nous n'avons pas encore terminé de payer l'emprunt contracté en 2021. Il faut déjà recommencer », s'inquiète Francis Zaghet, président de la collectivité.
La taxe Gemapi, une solution insuffisante
Lors de sa visite en Gironde, la ministre de l'Écologie Monique Barbut avait suggéré d'augmenter la taxe Gemapi jusqu'à 40 euros par habitant. « Les recettes servent aussi à entretenir les milieux aquatiques et faire fonctionner les services », tempère l'élu du Réolais, dont la collectivité prélève déjà 16,50 euros par an et par habitant. « Les revenus ne sont pas les mêmes à La Réole qu'à Bordeaux… ».
La fréquence accrue des crues
La Garonne frappe de plus en plus souvent aux portes des riverains. Faut-il continuer à réparer ces ouvrages de protection ? « Les digues protègent non seulement des habitations mais aussi les cultures des terres agricoles les plus fertiles de la région », rappelle le sénateur girondin Hervé Gillé.
Quand le fleuve déborde dans le Marmandais ou le Réolais, c'est de l'eau en moins sur les quais de Bordeaux. « La meilleure assurance anti-crue de la métropole bordelaise, ce sont les champs du Lot-et-Garonne et du Sud-Gironde », répètent les élus de ces territoires exposés.
Un appel à la solidarité des bassins-versants
Pourquoi ne pas demander aux Bordelais et aux Toulousains de cofinancer les ouvrages de protection ? « Il faut renforcer la solidarité financière à l'échelle des bassins-versants », recommandent les sénateurs auteurs d'un rapport sur la prévention des inondations.
En attendant les grands travaux au printemps, tous croisent les doigts pour que la pluie dense ne frappe pas en même temps que la fonte des neiges et les gros coefficients de marée. Car les boucliers sont ébréchés.
Des dégâts visibles partout
Plus en aval, les dégâts sont visibles mais moins conséquents. Dans l'Entre-deux-Mers, les digues ont souffert à Tabanac, Baurech et Le Tourne. Sur le territoire de Montesquieu, près de 200 000 euros de travaux sont à réaliser à Isle-Saint-Georges. À Convergence-Garonne, les digues de Barsac et Preignac sont endommagées, nécessitant 300 000 euros de dépenses.



