Greenpeace France contraint à un plan social historique face à des difficultés financières
Greenpeace France licencie 32 personnes, difficultés financières

Greenpeace France annonce un plan social sans précédent

La nouvelle a été rendue publique le 26 mars dernier. Greenpeace France se voit contrainte de procéder à des licenciements massifs d'ici cet été, avec la suppression de 32 équivalents temps plein sur un total de 138 salariés. Cette décision drastique représente près d'un quart des effectifs de l'organisation environnementale historique.

Des difficultés financières structurelles

L'ONG invoque des difficultés financières persistantes, directement liées à un tassement inquiétant des dons privés. Pour la première fois depuis près de quarante ans d'existence en France, Greenpeace anticipe des problèmes sérieux pour maintenir la croissance de sa collecte de fonds dans les années à venir. Cette anticipation pessimiste a conduit la direction à engager un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE), une procédure lourde de conséquences.

La formulation officielle mérite attention : il s'agit bien d'un ralentissement de la croissance des dons, pas encore d'un recul absolu. Cependant, ce recul semble inéluctable pour une raison juridique majeure, indépendante de la générosité du public français.

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L'arrêt de la Cour de cassation qui change tout

En septembre 2025, la plus haute juridiction judiciaire française a rendu un arrêt aux conséquences financières considérables pour Greenpeace. La Cour a interdit à l'organisation d'utiliser les fameux CDD d'usage pour recruter les personnes chargées d'interpeller les passants dans les lieux publics.

Ces collecteurs de fonds, souvent perçus à tort comme des bénévoles, étaient employés sous ce régime contractuel atypique, normalement réservé aux métiers de l'événementiel et de l'action culturelle. La Cour a estimé que les activités de Greenpeace ne relevaient pas de ces catégories, invalidant ainsi des années de pratique.

Un ancien employé, ayant enchaîné 107 CDD d'usage, avait saisi les prud'hommes pour obtenir un CDI. Si la première instance avait donné raison à Greenpeace, la Cour de cassation a totalement inversé le jugement, plongeant l'ONG dans l'incertitude juridique.

Un modèle économique sous tension

Les chiffres du dernier rapport financier disponible (2024) illustrent les tensions. Greenpeace France a collecté 31,5 millions d'euros auprès du public, soit une augmentation de 2,1% par rapport à 2023. Cependant, une fois déduites les dépenses de collecte – qui représentent 24% des fonds levés – il ne restait que 23,8 millions d'euros.

Le passage obligé vers des CDI pour les collecteurs ferait exploser ce ratio déjà élevé. Parallèlement, le nombre d'adhérents ne cesse de diminuer : 224 000 en 2024 contre 248 000 en 2020, comme le souligne Nathalie Biteau, trésorière, dans l'introduction du rapport financier.

Une situation financière paradoxale

Malgré ces annonces difficiles, Greenpeace France ne se trouve pas en situation de faillite. Fin 2024, l'organisation affichait une trésorerie confortable avec 2,1 millions d'euros en valeurs mobilières et 6,48 millions de disponibilités. Plus surprenant encore, Greenpeace France a contribué à hauteur de 9,47 millions d'euros en 2024 au fonctionnement de Greenpeace International.

Les rémunérations des cadres dirigeants suscitent également des questions. En octobre 2025, Greenpeace France a publié une offre d'emploi pour remplacer son directeur exécutif avec un salaire proposé entre 90 000 et 120 000 euros annuels. En 2024, les trois principaux salaires de l'organisation totalisaient 274 000 euros, soit environ 91 000 euros par personne.

Un phénomène qui dépasse Greenpeace

Greenpeace n'est pas la seule association environnementale confrontée à des difficultés financières. L'an dernier, Les Amis de la Terre signalait déjà des tensions, avec des dons plus difficiles à lever et des subventions publiques en recul.

Leur rapport financier 2025 révèle surtout que les charges de fonctionnement ont plus que doublé entre 2019 et 2024, passant de 926 000 à 1,9 million d'euros. Le recul des aides publiques, de 118 500 euros en 2021 à 77 500 euros l'an dernier, n'a joué qu'un rôle marginal dans ces difficultés.

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La réaction des collectivités territoriales

Un autre facteur pèse sur le financement des associations environnementales : la réaction de certaines collectivités locales. Plusieurs départements ont décidé de supprimer leurs subventions à des organisations qui les attaquent régulièrement en justice.

« On ne peut pas abonder des associations qui nous mettent au tribunal et qui font des recours à longueur de journée. Ils sont libres de le faire, mais nous aussi, on est libre de ne pas payer leurs avocats », déclarait ainsi Gérôme Fassenet, président du Département du Jura, en juin 2025.

Le Conseil départemental du Rhône a pris une décision similaire, supprimant 80 000 euros de subventions à France Nature Environnement Rhône et à la Ligue de protection des oiseaux après leur opposition à un projet d'aménagement portuaire.

Un modèle de croissance remis en question

Les difficultés de France Nature Environnement Rhône illustrent un problème plus profond. L'association a frôlé le redressement judiciaire, principalement à cause d'une croissance trop rapide de ses effectifs et de ses frais de fonctionnement. Avec une quinzaine de CDI et des saisonniers, ses effectifs ont doublé en quelques années.

Cette situation pose une question fondamentale : les associations environnementales n'auraient-elles pas tablé sur ce qu'elles dénoncent pourtant avec constance, à savoir une croissance infinie dans un monde aux ressources limitées ? Le plan social de Greenpeace France pourrait bien marquer un tournant dans le modèle économique du secteur associatif environnemental français.