Le ferry Royan-Médoc, une traversée emblématique qui rythme les vacances et le quotidien
Ce lundi 25 juillet, malgré un ciel gris, l'embarquement sur le ferry entre Royan et le Médoc sent bon les vacances. À 14h30, le bateau se détache de l'embarcadère pour entamer l'une de ses 18 rotations quotidiennes vers la pointe de Grave, cette petite apostrophe qui ponctue l'extrême nord de la Gironde sur les cartes.
Un rythme tranquille pour des voyageurs sans stress
Le bateau avance à son rythme tranquille, entre 5 et 11 nœuds, soit moins de vingt kilomètres par heure. Il lui faut 20 à 25 minutes pour tracer une ligne à peu près droite d'environ six kilomètres entre les deux rives. Cette lenteur fait partie de son charme pour des passagers adeptes d'un tourisme décontracté.
Anne, une Tourangelle, confie : « Dès que je suis sur le bac, ça y est, je me sens en vacances. » Elle vient chaque été depuis trente ans retrouver ses parents domiciliés dans le Médoc. Des touristes internationaux partagent cet enthousiasme. Jan-Willem et Rota Korteland, Hollandais, voyagent avec leurs trois enfants et leur chien sans feuille de route préalable. Pour eux, cette demi-heure en bateau est « vraiment cool » et « easy ». Johanna et Lea, venues d'Autriche avec leur chienne Frida, apprécient également cette liberté, ayant prévu quatre semaines de vacances sans planification stricte.
Un service utile au-delà du plaisir de la promenade
Au-delà du plaisir de la promenade et du sentiment bienfaisant de prendre ses distances avec la terre ferme, le bac est surtout utile. Il permet de longer l'axe atlantique en évitant le détour par l'agglomération bordelaise et sa rocade embouteillée, offrant un gain de deux à trois heures de trajet. Thierry Pairault, directeur des transports maritimes au Conseil départemental de la Gironde, précise : « Le nombre de cyclistes à bord augmente de 15 % chaque année. » Laetitia et Jordan, d'Uzès, font partie d'une équipe de trois familles qui voyage à bicyclette de La Rochelle à Arcachon. Le passage du vélo est gratuit, ils ont payé comme des piétons, 4 euros.
Julien Vila, l'un des matelots, explique : « Quand on charge ou quand on décharge les automobiles et les passagers, c'est le moment qui nous demande le plus de concentration. On doit faire en sorte d'organiser le plus vite possible le stationnement sur le bateau de 130 voitures. » Parfois, au cœur de l'été, il faut patienter pour embarquer, mais le service reste essentiel.
Plus d'un million d'usagers annuels, des profils variés
Sous ses airs de micheline maritime, le bac est, en trafic, digne d'un TER : plus d'un million d'usagers chaque année, un nombre stable depuis dix ans. Plein, il peut accueillir jusqu'à 600 voyageurs. Des touristes comme on l'a dit, mais aussi, toute l'année, des « locaux » qui le prennent comme un bus pour aller au travail. Une diététicienne, par exemple, se partage entre sa maison à Soulac et son cabinet à Royan. Jean-François Artigue, retraité, habite à Saint-Vivien du Médoc et adore prendre le bac de temps en temps pour aller se promener à Royan, faire ses courses au marché ou à la criée.
Neuf personnes, mécaniciens et matelots, travaillent à bord, mais en tout, « l'été, 130 salariés sont mobilisés à terre, pour l'encaissement, la maintenance, les amarres… » précise Thierry Pairault. Tony Le Calvez, le capitaine, note : « La traversée paraît simple, mais il faut se méfier de la houle et des marées descendantes. » Il officie depuis un mois et décrit cette expérience comme « géniale : on est heureux de participer aux vacances des gens. »
Une histoire qui remonte à 1935
L'histoire de la liaison entre Royan et Le Verdon commence le 2 juillet 1935. Ce jour-là est mis en service un premier « bac marin », le « Cordouan », « si impatiemment attendu » souligne, le lendemain, le journal « La Petite Gironde ». Le lancement, décrit comme « parfaitement réussi », s'est déroulé en présence de nombreuses personnalités du port autonome de Bordeaux et de conseillers généraux de la Gironde et de la « Charente Inférieure » (le nom que portait la Charente-Maritime avant 1941). Ces détails historiques sont retrouvés dans le livre de Michel Rapeau, « D'une rive à l'autre de l'estuaire ».
Tarifs d'été : 4 euros par passager (1,80 euro pour les enfants), 32 euros par voiture. Renseignements sur gironde.fr.



