Usine d'encres infalsifiables : sécurité maximale à Élancourt
Sécurité maximale à l'usine d'encres infalsifiables

L'emplacement est banal, dans un parc d'affaires sans âme d'Élancourt (Yvelines), à deux pas d'une zone pavillonnaire. Et pourtant, les lieux accueillent l'une des sociétés les plus sensibles de la région parisienne : depuis quelques jours, l'entreprise CST (pour Crime Science Technology) a choisi d'installer dans cette commune de l'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines sa production d'encres infalsifiables. Cette usine high-tech a été inaugurée ce lundi 25 mai par le ministre des Affaires étrangères (et ancien député de la deuxième circonscription des Yvelines) Jean-Noël Barrot.

Le grand public ignore très certainement l'activité de cette PME discrète, qui n'emploie quasiment que des chimistes et se passe volontiers de publicité. Mais CST figure dans la poche de 500 millions de personnes à travers le monde grâce à ses encres infalsifiables destinées à authentifier les documents officiels comme les passeports, les permis de conduire ou les cartes d'identité. Et le procédé est saisissant.

Essayons avec le passeport turc : à la lumière naturelle, son hologramme est bleu foncé. Mais exposé à la lumière d'un spot, il vire au rouge. En quelques secondes, un douanier peut ainsi en vérifier l'originalité. Et c'est la même recette pour les documents portugais, australiens ou américains mais pas (encore) pour les français. CST dispose ainsi d'une cinquantaine de brevets pour autant d'encres inimitables fabriquées maison.

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Sécurité renforcée

On en arrive naturellement aux questions de sécurité. Car ces encres et les formules chimiques qui la composent sont protégées comme le trésor de la Banque de France.

Premier niveau de sécurité : n'importe qui, même le livreur Amazon, ne peut entrer dans CST sans avoir été annoncé au préalable. Le deuxième niveau de sécurité s'impose pour pénétrer dans les laboratoires. Il faut alors déposer son téléphone dans des casiers puis passer un sas. Là, une caméra équipée d'intelligence artificielle (IA) vous scanne de pied en cap. « Elle saura par exemple repérer si quelqu'un est ressorti de chez nous avec un paquet après être rentré sans rien », confie Cosimo Prete, dirigeant fondateur de CST. Ce quadragénaire tiré à quatre épingles, toujours entre deux avions, aime à rappeler qu'il dirige un « Fort Knox à la française ».

Les employés qui travaillent de « l'autre côté » ne disposent ni de téléphone ni de connexion Internet extérieure : pas d'abonnement à Orange ou Bouygues, le réseau web est interne à l'entreprise et chaque ordinateur est informatiquement « cloisonné » des autres.

Protection contre les intrusions

La menace extérieure est, elle, gérée comme pour n'importe quel particulier : il s'agit de compliquer la vie des potentiels voleurs. Les coffres-forts qui accueillent les stocks stratégiques ou les formules chimiques sont protégés par des portes blindées sur lesquelles il faudrait s'acharner 45 minutes pour en venir à bout… Vous avez décidé la manière douce en piratant une carte d'accès ? Pour entrer dans les salles les plus sensibles, il faut obligatoirement être deux, sinon la porte ne s'ouvre pas, même pour le patron !

Si l'idée vous venait de casser les murs, il faudra aussi vous armer de patience : ils sont constitués de parpaings pleins, beaucoup plus résistants que les parpaings creux de nos logements. Sur les toits, des capteurs de pression permettent de distinguer des pas humains.

Et enfin, un réseau de plusieurs dizaines de caméras scrute en permanence les allées et venues dans les couloirs immaculés. Quant au visiteur innocent, il est instamment prié de rendre son badge dès la sortie des lieux.

Espionnage industriel

Reste l'espionnage industriel, motivé tant pour des raisons économiques que sécuritaires. Pour postuler chez CST, il faut passer par les radars des services de renseignements : les CV des candidats intéressants sont étudiés par le renseignement territorial et, en cas de menace particulière, la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) peut être sollicitée. Enfin, les étudiants étrangers peuvent difficilement penser y effectuer un stage d'observation.

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