Vendanges précoces à Montpellier : Benoît Lacombe espère 5 tonnes/ha
Vendanges précoces à Montpellier : 5 tonnes/ha espérées

Les vendanges ont débuté ce mardi 11 août au domaine de Rieucoulon à Montpellier. Malgré une récolte précoce due à la sécheresse, le vigneron Benoît Lacombe espère atteindre les cinq tonnes de raisins par hectare pour rester rentable. Il est six heures du matin lorsque Benoît Lacombe, un des derniers vignerons à Montpellier, supervise la récolte, une nouvelle fois plus précoce que l’année précédente.

Une année compliquée marquée par la sécheresse

« C’était une année compliquée. Encore plus parce que c’était vraiment bien parti… La pluie de décembre a provoqué une belle sortie, beaucoup de grappes », se souvient-il. Et finalement, la sécheresse et la chaleur ont accéléré la maturation du raisin et donné des grains tout petits. Heureusement, le vigneron peut se rassurer sur l’absence de maladie sur ses plants, comme le mildiou qui se développe uniquement par temps humide.

L’agriculteur a calé la date la semaine dernière, avant de la confirmer ce week-end. « C’est plus strict pour les raisins blancs que pour les rouges. On sait que la canicule revient demain et pour les arômes ce n’est pas super, donc il fallait commencer maintenant. » Pour sa parcelle de 22 hectares, il loue la machine à vendanger et les services (une opération au genou l’empêche de conduire) de Grégoire de Boisgelin du domaine Le Claud, voisin au sien. « La machine permet de récolter la nuit ou très tôt le matin lorsqu’il fait plus frais, mais aussi plus vite. C’est mieux pour le raisin blanc, qui est très sensible à l’oxydation », explique-t-il pendant que son confrère termine la première parcelle de sauvignon, un cépage particulièrement hâtif.

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Des pertes estimées à 30 % pour les blancs

Cette année, Benoît espère récolter cinq tonnes de raisins par hectare. « En dessous, je ne serai plus rentable », confie celui qui estime ses pertes de raisins blancs à 30 % de sa production totale. « Si on a de la pluie dans les quinze prochains jours ça pourrait aider un petit peu pour les rouges. Ici, traditionnellement on parle des orages du 15 août, mais ça fait plusieurs années qu’on ne les a pas vus », s’inquiète le cinquantenaire, à la tête du domaine familial depuis 2003.

Quand les températures atteignent les 30 degrés et plus, la plante est stressée. « Faire les tanins et les polyphénols à ce moment-là, ça n’a plus d’intérêt pour elle », développe-t-il, soulevant l’importance cruciale de ces substances naturelles dans le vin rouge. La vigne stoppe son métabolisme et passe en mode survie. On retrouve alors des petites baies de raisin et des gros pépins à l’intérieur, qui serviront uniquement à la faire renaître ensuite.

Des techniques pour s’adapter à la chaleur

Pourtant, c’est tout au long de l’année que le vigneron s’adapte à la chaleur. Il « rogne », c’est-à-dire coupe, règle l’épaisseur et la hauteur des vignes pour éviter qu’elles transpirent et qu’elles ne demandent trop d’eau. « C’est la seule chose que l’on puisse faire étant donné que l’on n’irrigue pas », détaille celui qui n’a pas d’accès à l’eau. « On subit, on subit », conclut-il. Grâce aux moyens techniques développés dans les années 80, il peut continuer la production de raisins blancs, autrefois absent dans le Languedoc à cause de la chaleur. « On le presse rapidement puis on refroidit le jus à l’aide d’un groupe de froid », explique l’agriculteur qui précise que l’oxydation ferait disparaître les arômes.

Au final, huit tonnes de sauvignon (blanc) et de pinot (rosé) ont été récoltées sur toute la matinée. Le futur degré alcoolique du sauvignon est estimé à 12 degrés d’alcool. Pas d’inquiétudes, le vin sera fidèle aux années précédentes, « ou alors on créera une autre cuvée », promet Benoît, qui prévoit une mise en bouteille courant mars.

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La vinification : un mois intensif

« Après les vendanges, les gens pensent que le plus gros est fini. Sauf qu’il y a un mois intensif de vinification », rappelle Benoît Lacombe. C’est Anne, sa femme, qui s’en occupe. Une fois transporté par Thomas, leur fils, le raisin est soumis à l’égrappoir, une machine qui retire la tige puis éclate les baies en gardant les pépins. Le tout file dans un pressoir mécanique, qui finit le travail notamment en brisant les pépins. Aussitôt liquide, le jus est redirigé dans une cuve équipée d’un groupe de froid, qui permet de le maintenir à une température de 22 degrés. Un passage au mustimètre est indispensable pour estimer le taux d’alcool probable du futur vin : 12 degrés. « Pas plus de 12,5 degrés, c’est ce qu’on veut. C’est parfait », se réjouit Benoît. Le fluide est ensuite conservé dans une cuve plus large pour la fermentation. Le couple a choisi la 224, une cuve en inox de 2 200 litres.

Anne-Laure Borras, présidente des vins AOP Languedoc, fait le point sur le futur millésime 2026. Pour les aires d’Appellations d’origines protégées (AOP) Languedoc, personne n’a encore commencé. Les premiers blancs, comme le grenache, seront vendangés courant de la semaine prochaine. « C’est un petit peu plus tôt que d’habitude mais ça n’est pas extrême. À Rieucoulon, c’est un cépage d’Indication géographique protégé (IGP), qu’il n’est pas étonnant de voir récolté maintenant. »

Même si la pluie de cet hiver a provoqué une avancée végétative importante, les grosses chaleurs ont atténué cette avance. L’AOP Languedoc a deux particularités : des cépages ancestraux très résilients et des vignes avec des racines profondes, permettant d’aller chercher toute l’eau dont elle a besoin dans la nappe phréatique. Mais tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. « On couvre un large territoire, des portes de Nîmes à Collioure, donc la situation est très hétérogène. Certains ont souffert plus que d’autres, comme à Saint-Drézéry par exemple. Les terroirs proches de la mer sont moins touchés, de par la fraîcheur maritime. Le secteur des Pyrénées-Orientales, lui, réfléchit à délocaliser en altitude ses vignes pour chercher de la fraîcheur. »

« Quand on voit les raisins sur les vignes, on se dit qu’il n’y aura pas de pertes considérables. C’est un bon raisin. Le millésime 2026 s’annonce pas mal. Mais on craint toujours les orages de grêle du 15 août », conclut Anne-Laure Borras.