Près de 15 ans après l’avoir découvert dans l’Hérault, un couple de Berlou, passionné de paléontologie, a confié au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris un fossile que personne n’a su identifier. Non loin de la Montagne noire, tout au nord-ouest de Béziers, la Maison du Cambrien se mérite. Passé les magnifiques vignobles de Saint-Chinian, les rues étroites de Berlou qui laissent à peine passer les voitures, puis un pont en pierre, le musée paléontologique de Francis et Colette Fernandez domine fièrement le village de 200 âmes.
Un musée paléontologique bâti par des passionnés
À l’intérieur, près de 400 fossiles trouvés ici et ailleurs sont exposés de manière impeccable par un couple passionné et passionnant. Depuis son ouverture en 2010, le lieu a attiré près de 8 500 personnes (sur rendez-vous), entre curieux et éminents chercheurs en paléontologie. « Il y a quelques mois, des chercheurs du CNRS de Toulouse sont venus, il fallait voir leur tête quand ils sont entrés, ils étaient babas », rigole Colette. « Certains étudiants viennent même me demander d’identifier des espèces », abonde son mari Francis, 77 ans, vigneron de métier. Avant d’expliquer sa passion, survenue quand il avait 10 ans, en découvrant son premier fossile. « Les jeunes d’aujourd’hui ont des possibilités multiples avec internet, sourit-il. Nous, dans les villages, on allait ramasser les asperges, les champignons… On n’avait pas de mobylette, donc on s’est intéressé à la nature. »
Une découverte exceptionnelle
Soixante-cinq ans de fouilles plus tard, le couple a construit de ses propres mains ce temple dédié à la paléontologie. Crustacés datant de plusieurs centaines de millions d’années, plantes, ou encore œufs de dinosaure… Il y a de quoi avoir le tournis dans cette grande salle à la lumière calfeutrée. Mais une pièce manque à l’appel : la trouvaille du couple berlounais, il y a une quinzaine d’années. « On était à Graissessac et on a repéré un bloc de pierre pesant une tonne, raconte le spécialiste du Cambrien, période géologique d’il y a presque 600 millions d’années. On l’a caché avec des branches, et le lendemain, on est revenu avec un groupe électrogène dans une brouette afin de pouvoir scier la pierre. » Les deux amoureux du fossile trouvent là quelque chose que personne n’a jamais vu sur Terre. « Ma femme ne voulait pas que je fasse venir des scientifiques parce qu’ils allaient me le prendre, relate Francis. Et puis, j’ai pensé à l’avenir, il vaut mieux que ce soit exposé plutôt que personne ne le voit quand on fermera le musée. »
Un don au Muséum national d’Histoire naturelle
Selon l’Héraultais, le spécimen n’est ni une plante, ni une fleur, puisque ces espèces n’existaient même pas à l’époque. Reste donc à savoir ce qu’il en est vraiment. « Ils sont venus le chercher il y a un mois pour l’amener au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, raconte Francis, après le don de sa découverte à l’État français. Ils vont d’abord le restaurer et ça pourra prendre des années avant que l’on sache vraiment ce que c’est. Il va être mis à la disposition des scientifiques du monde entier et c’est le but ultime quand on est un chercheur comme moi. Si c’est une nouvelle espèce, elle portera notre nom. » En attendant de recevoir le moulage de sa trouvaille afin d’en garder un souvenir et de connaître le résultat des analyses, Francis et Colette Fernandez vont continuer à arpenter les terrains autour de Berlou, à la recherche de fossiles. Sans toutefois révéler leurs zones de fouille, prévient le paléontologue autodidacte : « C’est pire que les coins à champignons ! Parce que nous, ça ne repousse pas. »



