Rentrée littéraire : l'IA au cœur d'une polémique sur l'authenticité
Rentrée littéraire : l'IA au cœur d'une polémique

La rentrée littéraire est marquée par une polémique autour de l'usage de l'intelligence artificielle (IA) dans la création. Thélyson Orélien, écrivain canado-haïtien, est accusé d'avoir utilisé l'IA pour rédiger son roman C'était ça ou mourir, publié chez Grasset. Il se défend face aux accusations du compte X « Balance ton Claude », affirmant avoir écrit ce livre « avec ses tripes et son cœur ».

Des précédents dans l'édition et la musique

Cette affaire n'est pas isolée. En mars, Hachette a retiré de la vente le roman Shy Girl de l'Américaine Mia Ballard, après un article du New York Times l'accusant d'avoir eu recours à l'IA. Plus tard, Jerry Falade, également américain, a renoncé à publier son premier roman policier, pourtant convoité par 14 éditeurs, faute de pouvoir prouver qu'il n'avait pas utilisé l'IA générative.

Dès 2024, le Syndicat national de l'édition a dénoncé l'afflux de livres rédigés par l'IA sur Amazon. L'industrie musicale s'inquiète aussi de voir les plateformes de streaming envahies par des morceaux créés par algorithmes. Cet été, une proposition de label « généré par IA » a émergé dans le milieu musical. Frédéric Beigbeder a suggéré sur RTL la création d'un label pour « vérifier avec des machines si les auteurs ont vraiment écrit leur manuscrit ». L'idée d'une pastille « Fait humain », comparable aux labels bio ou PEGI, fait son chemin.

Des initiatives pour garantir l'origine humaine

Chez Scrinéo, les contrats intègrent déjà une clause d'absence d'utilisation de l'IA, selon Jean-Paul Arif, directeur fondateur. Ses équipes n'utilisent pas d'outils de détection, n'ayant pas rencontré ce problème. En revanche, la question s'est posée pour des couvertures : « Ça nous est arrivé qu'un éditeur étranger rachète les droits d'un de nos romans et utilise l'IA pour l'illustrer. On a tout de suite stoppé la production », explique-t-il.

L'association « Fabrication humaine », créée en 2024, propose un label du même nom. Les artistes adhèrent gratuitement et signent une charte attestant qu'ils n'utilisent pas l'IA. Elle compte des auteurs de BD, photographes, musiciens, et même des tatoueurs. Bertrand Burgalat, compositeur du dernier film de Marc Fitoussi, en fait partie. Pascal Chind, scénariste et créateur du label, précise : « Le but n'est pas de fliquer, on veut éduquer et faire prendre conscience de l'importance de consommer humain. » Il ajoute : « Ça ne suffira jamais, mais on prend le pari de faire confiance aux créateurs pour protéger notre patrimoine de création. »

Les limites des outils de détection

Les outils de vérification ont leurs limites. Pangram, l'IA américaine ayant analysé le texte de Thélyson Orélien, nécessite des mises à jour constantes, selon Jean-Patrice Glafkidès, docteur en IA. Un agent vérificateur peut détecter un texte écrit par un agent inférieur, mais pas l'inverse. « Il y a toujours moyen de le tromper », poursuit-il, par exemple en demandant d'écrire à la manière d'un auteur classique ou en repassant le texte dans une autre IA pour « effacer » le passage. « C'est le serpent qui se mord la queue », atteste-t-il.

Pour Adrien Tallent, chercheur en philosophie politique et éthique de l'IA, l'enjeu est moral. « Face à une œuvre, on part du principe qu'il y a derrière une émotion, une idée humaine », explique-t-il. L'IA non déclarée rompt le « contrat moral et artistique » entre l'artiste et son public. « Sans artiste humain, l'œuvre devient une façade, un produit de consommation », affirme-t-il. Il ne condamne pas l'outil, mais souligne que « le point de départ, c'est l'intention ». Le problème réside dans la tromperie.

Le label « fabrication humaine » comme première réponse

Jean-Patrice Glafkidès et Adrien Tallent soutiennent le label « fabrication humaine », face au manque de fiabilité des détecteurs. « Il repose au moins sur un engagement moral et permet de recréer un lien d'authenticité et de sincérité », déclare le philosophe. À l'heure où « tout un pan de la culture est sur le point de passer par la moulinette de l'IA », il faut écarter le doute.

Labelliser une œuvre « faite par un humain » serait un premier pas contre l'automatisation du processus créatif. Mais il faudra définir les limites : à partir de quel seuil l'IA n'est plus un appui technique mais la source de production ? Cet article a été rédigé sans l'aide de l'IA, sauf peut-être pour corriger quelques fautes d'orthographe.