À Vauvert, des chiens pour surmonter le stress post-traumatique
Vauvert : des chiens contre le stress post-traumatique

À Vauvert (Gard), Audrey Izquierdo-Gentes a concrétisé un projet de dix ans : accompagner les personnes souffrant d'un syndrome de stress post-traumatique (SSPT) grâce à des chiens d'assistance. En septembre, elle a accueilli ses premiers blessés pour un week-end d'immersion avec ses animaux, une étape clé avant qu'ils n'obtiennent un chien fourni par l'association La Cape.

Une passion devenue une raison de vivre

Depuis plus de trente ans, Audrey Izquierdo-Gentes consacre sa vie au dressage canin. Cette passion s'est muée en raison de vivre après un accident dont elle a du mal à se remettre. Ses chiens l'ont aidée à surmonter cette épreuve. « J'ai été moi-même blessée et je me suis reconstruite avec eux », confie-t-elle.

Son parcours est impressionnant : éducatrice canine, maître-chien dans la police municipale en brigade canine de nuit, elle a aussi travaillé avec les sapeurs-pompiers pour des recherches sous les décombres, en questage (utilisation du flair naturel du chien) et dans la neige. Elle a même été « homme d'attaque » et a fait de la figuration au cinéma, à la télévision et au théâtre, par plaisir. Nicolas Gerout, alias Thierry dans la série Un si grand soleil, était d'ailleurs le parrain de son stage.

Un premier stage en septembre

En septembre, Audrey a accueilli ses premiers blessés pour un stage d'immersion de trois jours. Les participants, sélectionnés par l'association Phénix pour les blessés de gendarmerie, avaient déjà tenté d'autres thérapies mais souhaitaient aller plus loin en prenant un chien d'assistance. « Les personnes en état de SSPT ne sont plus capables de vivre normalement. Elles sont coupées du monde extérieur », explique l'un des participants.

Le stage visait à leur faire découvrir la cohabitation avec l'animal et à les aider à faire la demande, un processus long. Les cellules d'aide aux blessés se développent depuis peu et la demande est forte. Vingt chiens sont formés chaque année par l'association La Cape.

Un travail de reconstruction

Le tee-shirt créé par Audrey pour la formation montre des blessés, un chien et les ailes du Phénix, tous regardant l'horizon. « Le travail de reconstruction permet de mettre le traumatisme de côté et d'envisager le futur sereinement. Retrouver simplement un lien social. On se sent seul dans sa souffrance », souligne l'éducatrice canine.

Pendant le stage, des ateliers étaient animés bénévolement par des membres du groupe de dressage Swat Educ. Chaque maître formait un binôme avec un blessé, ou plutôt un trio avec le chien. Au programme : cani-paddle, parc agility, dressage, mais surtout des échanges d'expériences et de ressentis. À l'issue du stage, Audrey était heureuse, mais l'émotion a ressurgi lors du débriefing lorsqu'elle a évoqué son propre vécu. Ses compagnons à quatre pattes lui ont permis de refaire surface, mais les émotions restent fortes.

Des témoignages poignants

Amandine et Dalila ont accepté de témoigner, car pour elles, s'exprimer fait partie de la thérapie. « Je suis certaine que le chien m'aidera réellement à me reconstruire, explique Amandine, dont la blessure remonte à cinq ans. Mon SSPT était vraiment important. » Elle pense que le chien peut anticiper les réactions, notamment le stress ou la dissociation.

Dalila, elle, retrouve confiance : « Il m'écoute bien que je ne sois pas son maître. Cela peut paraître simple mais c'est beaucoup pour moi. Toute cette joie aussi, cela me réconforte et m'apaise. Je n'aurais pas été capable de parler avant, de sourire même. » Son mari, qui l'accompagne, est surpris des résultats : « C'était un énorme défi pour Dalila de rencontrer des personnes inconnues, se livrer et être au centre de l'attention. Elle s'était coupée de la vie sociale et professionnelle. C'est difficile aussi pour l'entourage car on se sent impuissant à procurer du bonheur. »

Le chien, un compagnon qui détecte les émotions

Patrick, ancien blessé venu comme coordinateur de l'association Phénix, explique : « Les blessures psychologiques ne se voient pas mais elles sont encore plus profondes que les autres. » Julien, gendarme souffrant de SSPT depuis deux ans, témoigne avec Valk, un croisé labrador golden reçu de l'association La Cape. « Cela fait partie de notre progression de parler », dit-il, bien que selon lui on ne guérit jamais de ce syndrome. Grâce à Valk, qui l'accompagne depuis six mois, il réapprend à vivre : « La connexion est incroyable. Il apporte de l'affection au quotidien bien sûr, mais il permet d'apprivoiser la maladie pour pouvoir vivre avec. »

Il poursuit : « On est en hypervigilance, stressé, avec des cauchemars. On n'arrive plus à sortir, on est fatigué. Le protocole et la formation du chien sont assez longs mais le compagnon plus que fidèle suit son maître à la trace et détecte ses émotions avant même qu'elles arrivent. Ensuite le blessé est mis en situation. » Le plus simple mais aussi le plus impressionnant a été la première commande apprise : capter le regard du chien. « Je me suis effondré. L'émotion est incroyable lorsque l'animal vous regarde dans les yeux. Il comprend et nous renvoie de l'amour. »

Swatt Educ, créée par Audrey Izquierdo-Gentes, est située sur un terrain boisé de 5 600 m² à Vauvert, un parc d'attractions unique dans le Gard dédié aux chiens. L'association La Cape, française, fournit des chiens d'assistance aux personnes en état de stress post-traumatique. Phénix, association de la gendarmerie, vise à contribuer à la reconstruction, à la résilience et à la cohésion de ses camarades blessés. Ces structures offrent un espoir concret aux blessés, leur permettant d'envisager l'avenir avec plus de sérénité grâce à leurs compagnons à quatre pattes.