Ce dimanche 20 septembre au matin, les stations-service TotalEnergies de Montpellier étaient en rupture totale de carburant. Les automobilistes, attirés par le plafonnement des prix à 1,99 euro le litre, ont vidé les cuves, les contraignant à se replier vers des enseignes plus chères.
Une mère de famille au bord des larmes
Charlotte, la quarantaine, mère de deux enfants, a presque les larmes aux yeux devant la station Total Abrivado des Prés d'Arènes. « C'est une catastrophe, je ne sais réellement pas comment je vais pouvoir continuer comme ça », confie-t-elle. « Naïvement, j'ai cru qu'en venant tôt, un dimanche en plus, ils auraient été réapprovisionnés. Du coup je vais aller à côté, mais c'est plus cher… »
La station Total est déserte. Certains s'y arrêtent pour se faire confirmer que les cuves sont bien vides. Sur place, on entend qu'il ne reste que de l'éthanol, « mais pour ça il faut avoir un véhicule équipé ».
Pourquoi les stations Total sont-elles prises d'assaut ?
La veille, la station, comme les autres de la ville, était bondée. Le défilé des véhicules n'a cessé qu'à l'épuisement des stocks. TotalEnergies maintient un prix maximal bloqué à 1,99 €/L pour l'essence et 2,25 €/L pour le diesel dans toutes ses stations-service. Résultat, les automobilistes s'y précipitent.
Charlotte confirme que la différence avec la station d'Intermarché des Prés d'Arènes est de seulement 0,157 euro au litre, « mais plusieurs pleins par mois ça en fait des litres ». Pour ne pas avoir ruiné sa grasse matinée pour rien, elle décide de faire un tout petit plein. « Je travaille à 45 minutes de chez moi, je ne peux pas télétravailler. La situation m'angoisse tellement. Je suis stressée à cause de l'essence en permanence. Je vais finir par me mettre en arrêt maladie à cause de cela, c'est absurde. »
Un dimanche plus calme pour certains
Dans les stations Total de la ville, c'est un peu un dimanche tranquille. « Comme il n'y a plus de carburants, on n'est pas assailli comme les derniers jours », confie un employé au téléphone. La boutique et le lavage sont assurés, ainsi que le standard téléphonique. « On croule sous les appels, ce qui est logique. On nous demande si on a du carburant pour éviter un déplacement – et une déception – inutile. Ça évite aux automobilistes de faire le tour de la ville et de se déplacer pour rien. »
Mais dès ce lundi, le salarié l'assure : une fois les livraisons faites, la cohue va reprendre de plus belle.
Le désarroi des automobilistes
À la pompe, Bernard est sidéré par le prix de son plein. « C'est une honte, 80 euros pour 32 litres. Je suis obligé de prendre ma voiture pour travailler, le tramway ne dessert pas là où je vais. C'est de la folie de se dire qu'on travaille pour payer pour aller au travail… » Il est aussi inquiet pour les jeunes. « Je suis éducateur de foot, si ça continue comme ça, on va priver les gamins de match, puisqu'on ne pourra plus s'y rendre. »
Même discours du côté de Hakim, gérant d'un restaurant. Il tente de garder le sourire, mais reste sans voix quand il se rend compte qu'il ne pourra même pas faire le plein d'un coup. « Mon plafond de carte de 150 euros est atteint. Et je n'ai pas le plein en entier, il me manque une barre ou deux. » Il était bien à sec. « J'ai tenté de prendre du carburant hier soir vers minuit chez Total en sortant du boulot, mais il n'y avait plus rien. Je me suis dit tant pis ça attendra demain. Et me voici à la station d'Intermarché… » Il confie que tant pis pour le tarif, il fait au plus pratique, avant d'ajouter que cela aura forcément une incidence sur le prix de son menu au restaurant. « De toute façon, cette situation, ça impacte mon travail, mon quotidien. Comme d'habitude, il va falloir s'adapter », glisse-t-il sur un ton fataliste.
Sur place également, deux jeunes un peu en panique à bord d'une camionnette estampillée au nom d'un traiteur. « On devait faire le plein chez Total avec la carte dédiée. Donc là on appelle le patron car on a une heure de route, on n'est déjà pas en avance et on n'aura jamais assez d'essence pour le trajet… »
Transports en commun et résignation face à la flambée des prix
Mais le stress ne semble pas atteindre tout le monde. En tenue de sportive, un large sourire sur les lèvres, Amandine n'a pas trop l'air de se soucier du prix au litre. « Je me suis fait une raison. Depuis l'augmentation des prix, je prends beaucoup moins la voiture et j'ai réduit les longs trajets. » Elle ne comprend pas pourquoi chez nous c'est si cher, mais elle relativise. « Ici, on a le tram. Maintenant je l'utilise, j'y suis obligée. Et je m'y suis habituée. »
Idem pour Jenifer, pistolet de distribution en main. Elle avoue qu'elle a de la chance tout en regardant la somme qui s'affiche au compteur. « Je suis à côté de mon travail, on a le tram gratuit. Franchement je n'ai pas à me plaindre. » Elle aurait préféré faire le plein dans la station d'à côté pour gagner un peu. « En plus j'ai la carte Total, mais là je dois partir un peu loin, donc je ne vais pas être trop regardante pour cette fois-ci. »
Taxis, VSL, infirmiers : les professionnels impactés
Tarik, taxiteur sur Montpellier, explique que la situation est compliquée surtout pour son métier. « On est directement impacté, c'est certain. D'autant plus que le prix de la course est fixé par la préfecture. Donc on ne peut pas faire évoluer le tarif au compteur en fonction de la hausse des prix du carburant. C'est donc sur notre marge… » Pour lui, sans aucun doute, si ça ne s'arrange pas, « c'est vraiment le début de la galère ».
Patrick, taxiteur VSL, n'est pas trop touché. « Je roule en électrique. Mais mes collègues qui roulent au gasoil, je ne vous cache pas que ça fait mal. » Le transport médical est soumis lui aussi à un tarif fixé par l'Assurance maladie.
Sabrina, infirmière à domicile, est lasse. « Déjà qu'on a de moins en moins de temps pour les soins à cause des problèmes de stationnement, si maintenant il y a pénurie d'essence… » Elle cherche sans arrêt le meilleur tarif. « Je n'ai jamais fait autant de petits pleins. Quel temps perdu. » Elle explique qu'un collègue est passé « au vélo intégral. Mais bon le mec c'est un sportif, car on a quand même l'équipement à porter. Je ne sais pas comment il fait. Enfin si, il choisit sa patientèle en fonction de leur adresse. »



