Jacques de Lalaubie : vingt ans à la tête du port de Frontignan
Jacques de Lalaubie : vingt ans au port de Frontignan

Jacques de Lalaubie, directeur du port de plaisance de Frontignan depuis vingt ans, fait valoir ses droits à la retraite. Son dernier jour en poste, il contemple une dernière fois la mer depuis son bureau, avant de laisser sa place. Un parcours singulier, marqué par une passion précoce pour la navigation et un engagement sans faille, retracé par Florence Guilhem dans Midi Libre.

Deux moments forts à la tête du port

Parmi les souvenirs qui resteront gravés, Jacques de Lalaubie évoque l'inauguration du réaménagement du port, le 23 septembre 2022, avec 150 anneaux supplémentaires, après de nombreux retards de chantier. Il se souvient aussi de l'accueil, en 2024, en avant-première d'Escale à Sète, du Morgenster, un brick hollandais à deux mâts de 50 mètres. « C'était une folie en raison de la taille du bateau et de son tirant d'eau. On a tremblé, mais on y est arrivé. Après avoir rejoint le capitaine à Sète, ce dernier m'a laissé la barre jusqu'au port de Frontignan. En l'espace d'un instant, je me suis transformé en capitaine au long cours », raconte-t-il, encore ému.

Son amour de la mer remonte à l'enfance, avec la maquette d'un bateau de la marine marchande chez ses grands-parents, sur lequel son aïeul avait été capitaine. À Saint-Malo, où la famille possède une maison de vacances, le petit Jacques navigue dès 12 ans sur le dériveur d'une amie, sans prévenir ses parents. « Nous avions 12 ans et étions complètement dingues. On avait une telle sensation de liberté que nous ne mesurions pas les risques auxquels on pouvait s'exposer. Seul comptait le fait de prendre le large », se souvient-il.

Une carrière entre marine et voile

À 15 ans et demi, il s'engage à l'école des mécaniciens de la marine à Toulon. « Il y avait en moi une telle urgence à vivre la mer et à quitter le Cantal que mes parents ont cédé », dit-il. Après dix-huit mois de formation, il embarque trois ans sur le porte-avions Clémenceau, puis rejoint un sous-marin en mission au Liban, en pleine guerre. « Moi, j'embarquais pour la mer, pas pour la guerre. Aussi quand mon contrat s'est terminé en 1984, je n'ai pas souhaité le renouveler », confie-t-il.

Après une année sabbatique consacrée aux compétitions de planche à voile, il obtient son diplôme de moniteur, dirige une école dans le Cantal, puis devient conseiller technique régional de voile en Auvergne pour le ministère de la Jeunesse et des sports. Son mariage et la naissance de sa fille le poussent à changer de vie. Cap sur la Bretagne, où il se forme au commerce des produits nautiques à Nantes, en alternance comme vendeur de catamarans à la Trinité-sur-Mer.

De l'école de voile à la direction du port

Au Salon nautique de Paris, en 1998, il rencontre le directeur de l'école de voile de Frontignan, sur le départ. Recommandé par lui, il est recruté quelques mois plus tard. La famille s'installe dans la cité muscatière. En 2003, il rejoint le port de plaisance comme adjoint du directeur. « Je connaissais très bien la voile, mais pas du tout le fonctionnement d'un port. Cela m'a tout de suite passionné, que ce soit le contact avec les plaisanciers, le travail technique, la vie portuaire, les animations, les festivités ou encore le marketing », raconte-t-il.

Trois ans plus tard, il prend la direction du port, avec l'ambition d'accroître son attractivité et de l'ancrer dans une démarche environnementale. « On a mis en place des pratiques vertueuses, développé les services et créé les apéros-ponton pour que les plaisanciers se rencontrent. L'accueil, c'est mon état d'esprit, ainsi qu'aider au maximum les autres. C'est mon côté saint Bernard », plaisante-t-il.

Un engagement bénévole à la SNSM

Cet état d'esprit le pousse aussi à s'engager comme bénévole à la SNSM locale en 2003, dont il devient aussitôt président. « C'est devenu très vite une famille. Nous avons vécu des situations difficiles qui ont fait de nous des frères de la mer. Pour moi, c'est un honneur de faire partie de la SNSM et un engagement à vie », livre-t-il. La présidence passée, il reste bénévole.

La retraite ne mettra pas fin à sa relation avec la mer. « Je vais avoir beaucoup plus de temps désormais pour naviguer, avec peut-être prochainement un convoyage de bateau jusqu'à Saint-Malo pour la Route du Rhum », dit-il, fidèle à l'état d'esprit qui a guidé ses vingt années à la tête du port : l'amener à bon port avec un bon équipage.