Lactalis rachète Triballat, célèbre pour ses faisselles Rians
Lactalis rachète Triballat, célèbre pour ses faisselles
Le groupe laitier Lactalis a annoncé, vendredi 1er août, le rachat de Triballat, une entreprise familiale du Berry connue pour ses faisselles et ses fromages frais commercialisés sous la marque Rians. Selon une source proche du dossier, la transaction est valorisée à hauteur de 250 millions d'euros. Cette acquisition marque une nouvelle étape dans la consolidation du secteur des produits laitiers frais en France, dominé par Lactalis, déjà numéro un mondial du lait. Triballat, fondé en 1904 à Nohant-en-Goût, dans le Cher, emploie environ 350 salariés et a généré un chiffre d'affaires de l'ordre de 120 millions d'euros en 2025. La société est restée une entreprise familiale, dirigée pendant plusieurs générations par la famille Triballat, avant d'être reprise à la fin des années 2010 par le groupe coopératif coopératif Sodiaal, qui en détenait la majorité du capital. Cette opération intervient alors que Lactalis cherche à renforcer sa présence dans les fromages frais et les spécialités laitières, un segment en croissance porté par la demande de produits naturels et locaux.

Le rachat d'une marque à forte identité régionale

Rians, marque emblématique des faisselles et fromages blancs, bénéficie d'une notoriété nationale, mais aussi d'un ancrage territorial fort. La marque tire son nom de la commune de Rians, située dans le Cher, où Triballat possède ses principaux sites de production. Ces derniers, situés à Nohant-en-Goût et à Chabris, devraient être intégrés au pôle produits frais de Lactalis. Le groupe a indiqué, dans un communiqué, que ce rachat permettra de "pérenniser la production locale et de maintenir l'ensemble des sites et des emplois". Lactalis précise que les équipes de Rians continueront à travailler sur la région et que le savoir-faire artisanal, notamment la fabrication des faisselles, sera préservé. Cette promesse intervient dans un contexte où les rachats dans l'agroalimentaire suscitent souvent des inquiétudes quant aux fermetures de sites ou aux délocalisations. La CGT du Cher a toutefois exprimé des réserves. "Nous restons vigilants sur les engagements pris par Lactalis, car nous avons déjà vu des promesses non tenues après des rachats", a déclaré Jean-Baptiste Dubois, délégué syndical. Il a rappelé que les salariés de Triballat avaient déjà vécu une période d'incertitude lors du repositionnement de l'entreprise sous l'ère Sodiaal.

Un enjeu de souveraineté industrielle et alimentaire

Au-delà de l'aspect financier, ce rachat pose la question de la concentration du secteur laitier français. Lactalis, détenu par la famille Besnier, réalise déjà plus de 28 milliards d'euros de chiffre d'affaires mondial. Avec l'acquisition de Triballat, le groupe renforce sa position sur le marché des faisselles, un produit très consommé dans l'Hexagone. Selon les données de l'Institut de l'élevage, la production française de faisselles représente environ 15 000 tonnes par an, dont une part importante provient des ateliers de Triballat. Ce rachat s'inscrit aussi dans une stratégie de montée en gamme. Lactalis a récemment investi dans d'autres marques patrimoniales, telles que Président ou Lactel. L'ajout de Rians permet de diversifier le portefeuille avec des produits perçus comme plus authentiques et artisanaux. Les faisselles sont fabriquées selon des méthodes traditionnelles, et cette authenticité est un argument de vente majeur auprès des consommateurs. Le marché des fromages frais haut de gamme connaît une croissance de 4 % par an, selon le cabinet NielsenIQ. Lactalis espère ainsi profiter de cette dynamique et concurrencer plus efficacement des acteurs comme Danone ou les fromageries indépendantes.

La fin d'une indépendance devenue fragile

Triballat traversait depuis quelques années des difficultés financières. L'entreprise avait été contrainte de se restructurer en 2023, avec un plan de sauvegarde de l'emploi qui avait entraîné le départ d'une trentaine de salariés. Les coûts de l'énergie et des matières premières ont pesé sur les marges, tandis que la concurrence des marques de distributeurs s'est intensifiée. Sodiaal, principal actionnaire, avait alors ouvert des discussions avec plusieurs repreneurs potentiels, dont Lactalis. La vente à ce dernier a finalement été privilégiée en raison de sa solidité financière et de son implantation dans le secteur laitier. Les salariés, bien qu'inquiets pour l'avenir, semblent conscients que Lactalis représente une chance de pérennité. "Nous savons que Lactalis est un groupe puissant. Il faut maintenant que nous soyons unis pour faire respecter nos droits", confie un représentant du personnel, sous couvert d'anonymat. La direction de Triballat n'a pas souhaité faire de commentaire, renvoyant à la communication de Lactalis.

Une opération attendue par les acteurs du marché

Les analystes financiers saluent cette opération, qui s'annonce bénéfique pour Lactalis. "Le rachat de Triballat permet à Lactalis d'acquérir une marque à forte notoriété dans une catégorie où il était peu présent", explique Pierre-André Delachaux, analyste chez Fitch Ratings, cité par l'agence France-Presse. Il ajoute que la valorisation de 250 millions d'euros paraît raisonnable, représentant environ deux fois le chiffre d'affaires de la société rachetée. La clôture de la transaction est prévue pour le dernier trimestre 2026, sous réserve de l'approbation des autorités de la concurrence. Le groupe s'est engagé à maintenir les trois sites de production dans le Cher et à conserver la marque Rians, qui sera gérée comme une filiale dédiée. Lactalis a par ailleurs promis un investissement de 20 millions d'euros sur trois ans pour moderniser les outils de production et développer de nouvelles références. Les premiers axes de développement incluent des faisselles aromatisées et des gammes bio. L'ambition est claire : faire de Rians une marque nationale de référence dans les fromages frais, tout en conservant son ancrage régional. Pour les consommateurs, cette acquisition ne devrait pas entraîner de changements immédiats, les recettes et les ingrédients demeurant identiques. Quant aux salariés, ils espèrent que Lactalis tiendra parole et évitera les suppressions de postes, qui seraient malvenues dans un département rural comme le Cher.