Le gouvernement dévoile son plan d'électrification face à la flambée des prix des énergies fossiles
Plan d'électrification : le gouvernement accélère face à la crise énergétique

Le gouvernement accélère son plan d'électrification face à la crise énergétique

Alors que les conflits au Moyen-Orient et les tensions dans le détroit d'Ormuz provoquent une flambée spectaculaire des prix des énergies fossiles, le gouvernement français précipite son agenda stratégique. Cette semaine, il doit présenter un « grand plan d'électrification » destiné à libérer progressivement la France de sa dépendance au pétrole, au gaz et au charbon. Une réponse politique présentée comme immédiate et concrète face à l'envolée inquiétante des factures énergétiques.

« Cette solution, elle a un nom, c'est l'électrification », affirme avec insistance la ministre déléguée à l'Énergie Maud Bregeon, pressée d'agir sur les plateaux de télévision. Pourtant, des voix s'élèvent pour tempérer cet enthousiasme gouvernemental. « Gare aux déceptions », alerte le député non inscrit Raphaël Schellenberger. « Si les gens attendent de ce plan un gain rapide de pouvoir d'achat, ils vont être déçus. »

Un objectif ambitieux mais des réalités complexes

Mandaté en décembre par le Premier ministre pour identifier les freins à l'électrification dans le secteur industriel, Raphaël Schellenberger a remis en début de semaine un premier bilan d'étape au ministère de l'Économie. Son constat est sans appel : si des mesures immédiates peuvent et doivent être prises pour accélérer la transition énergétique, le travail sera lourd et long. Ces dernières années, non seulement la consommation intérieure d'électricité n'a pas décollé, mais elle a reculé de 6 à 8 % depuis 2019.

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Pour tenir la promesse gouvernementale de réduire la part des énergies fossiles dans notre mix énergétique de 60 % à 40 % d'ici 2030 – soit dans seulement quatre ans – le plan doit couvrir simultanément l'industrie, le bâtiment, les mobilités et le numérique. Or l'électrification industrielle, la plus complexe techniquement, avance à pas comptés.

Un plan structurel dans un contexte de crise conjoncturelle

Raphaël Schellenberger souligne la principale difficulté de ce plan : « Il y a une vraie difficulté avec ce plan : quoi qu'il contienne, c'est une réponse structurelle. Or le débat politique attend aujourd'hui des réponses conjoncturelles. Et c'est bien là sa principale difficulté : il ne produira aucun effet concret immédiat, parce que tout est très inertiel. »

L'électrification signifie changer de vecteur énergétique, ce qui prend nécessairement du temps. Si le coût de l'électricité reste avantageux et que ce basculement est rationnellement économique, changer de véhicule, de mode de chauffage ou de procédé industriel ne se fait pas du jour au lendemain. Ces transformations nécessitent des études de dimensionnement complexes, des relations avec les fournisseurs et des commandes de matériel spécifique.

L'industrie française : un taux d'électrification stagnant

Le rapport d'étape révèle une situation préoccupante : « Non seulement l'industrie ne s'est pas électrifiée ces dernières années, mais elle n'est pas en train de le faire à vitesse rapide, même si de nombreux projets sont dans les tiroirs. Le taux actuel d'électrification de l'industrie est de 37 % – il n'a pas bougé depuis vingt ans ! »

Il est donc essentiel d'accélérer la mise en œuvre concrète des projets existants et d'identifier précisément ce qui bloque. La première recommandation du député est de réaffirmer l'électrification comme un objectif politique prioritaire – avant même la décarbonation et les économies d'énergie. Ce positionnement stratégique n'est pas un détail : quand on place la décarbonation en tête, on s'autorise des réponses techniques qui ne sont pas nécessairement l'électrification, comme le recours à la biomasse dans des contextes où elle n'est pas toujours pertinente.

Les obstacles concrets à l'électrification industrielle

Plusieurs freins majeurs empêchent l'électrification de décoller :

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  • La complexité technologique des grands sites industriels : les sites intégrés comme ceux de la chimie, de la pétrochimie, de l'acier, de l'ammoniac ou du ciment sont tellement optimisés que toucher un point de l'usine produit des effets en cascade difficiles à maîtriser. Pour certains secteurs, il ne s'agit pas seulement d'électrification, mais d'un changement de paradigme dans le procédé de production lui-même.
  • L'industrie « diffuse » négligée : les PME et ETI représentent les deux tiers du potentiel d'électrification mais sont les grandes oubliées des discours publics. Ces petites entreprises de l'agroalimentaire, du traitement de surface métallurgique ou des procédés textiles ont souvent des outils de production anciens et des marges réduites.
  • Les blocages réglementaires : le cadre actuel contraint les gestionnaires de réseau comme RTE et Enedis à répondre de manière binaire aux demandes de raccordement, sans possibilité de dialogue technique pour réordonner les projets et les rendre compatibles avec les contraintes du réseau.

Des recommandations pour accélérer la transition

Raphaël Schellenberger propose plusieurs mesures concrètes :

  1. Affirmer clairement la priorité de l'électrification sur les économies d'énergie et les autres formes de décarbonation, ce qui nécessiterait notamment que l'ADEME change son approche stratégique.
  2. Sécuriser les petites structures économiques dans leur investissement énergétique via des mécanismes de fonds de garantie développés avec la DGE et BPI France.
  3. Donner de la visibilité sur le prix du carbone et de l'électricité pour permettre aux entreprises de planifier leurs investissements.
  4. Permettre une gestion plus flexible des réseaux qui inclut une prise de risque raisonnée pour valider et sortir les projets plus rapidement.

« Les décisions doivent être prises maintenant – leurs effets sur le système énergétique se feront sentir dans quelques années », conclut le député, soulignant l'urgence d'agir malgré les délais incompressibles de cette transition historique.